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1 décembre 2022 4 01 /12 /décembre /2022 22:29

 

Le récit d’al-Dajzâ’ïr

Dans les rues de la cité d’ivoire 

(1815 – 1830)

Récit neuvième

Cependant, effendi, dit Omar Bâcha à Mohammed Husrew, nous ne renonçons pas encore à la course. Les navires de commerce des petites nations seront toujours la cible de nos corsaires, car nous avons besoin d’argent pour financer notre armée. Dans nos lettres au Sultan, nous nous sommes engagés à épargner les bateaux de commerce Vénitiens, Autrichiens et Russes, et nous le réitérons en votre présence

L

’automne est déjà bien installé. La conclusion heureuse de l’épisode du blocus américain par la signature de la paix, lors de la première semaine de juillet, détendit le climat. 

 Cependant, les esprits demeurent sombrement préoccupés par la menace d’une invasion étrangère. Le peuple se laisse gagner par les prédictions d’un marabout vénéré à Coléah annonçant l’arrivée des infidèles et s'inquiète de la présence prolongée du ministre de la Marine du Sultan.

 Depuis l’élévation de Omar Agha à la dignité de Dey et l’expression de son vœu d’obéissance au Sultan, la Sublime Porte s’est engagée à l’assister face à l’hostilité général des puissances, en lui attachant pour un temps le général Hussein Husrew, en qualité de conseiller exceptionnel.

    Ce matin, suivant l'usage, sur le banc de pierre ouvragé à l’entrée d’al Qasba, les grands fonctionnaires attendent d’être introduits dans le local du Sellak. le Dey quitte Comme à l'accoutumé ses appartements suivi du Garda Kabou portant les clés du Palais et du Trésor et s'installe sur son trône, dans la Mahkama[1], située à l’étage inférieur.

   L’entrée du Palais se trouve sur la façade nord, que précède un petit jardin enjolivé par une fontaine, dont l’eau jaillit d’une vasque de marbre. L’ensemble Dar Es-Soltane comprend également des logements pour le personnels, des magasins, des fours, une caserne de Janissaire et, à l’extrémité sud, Dar Es-Sekka[2]. Dans ce périmètre réduit se distinguent, par leur envergure, Makhzen Laâchour[3] et Harem Ahmed Bâcha, une belle construction qui rappelle la tragique fin de ce Dey, en 1808.

   C’est Khûdjet el-bab qui, chaque matin, procède à l’ouverture des portes du Palais. Sous l’œil vigilant des deux gardes d’honneur s’ouvre, dans un portique de marbre blanc, la grande porte d’entrée, reconstruite il y a trois ans sous le gouvernement de Hadj Ali Bâcha. 

   Les fonctionnaires sont introduits dans la Mahkama suivant un ordre protocolaire strict.

D’abord le  Kheznadji, suivi successivement par Aghat al Askeur, Khûdjet-el-Kheil, Beit-el-Maldji et Wâkil al-Khardj ; viennent ensuite les quatre écrivains du palais, Khûdjet-Esseur, deux Saïdji,  Teurdjeman, Chaouchs et musiciens.

   Depuis l’entrée, la salle du gouvernement se trouve au premier étage. On y parvient en traversant une  première cours, puis une seconde qui mène, par un escalier en bois, vers la galerie à arcades que soutiennent des colonnes doubles. En approchant de la galerie, on est accueilli par le bouillonnement délicieux d’une fontaine de marbre octogonale, ouvragée au ras du sol : c’est là que se tient Dey, assis sur un bas siège.

   Le Khaznadji se présente devant le Dey et lui baise la main ; les autres fonctionnaires suivent selon un ordre établi. La cérémonie de baise main terminée, ceux dont les postes sont dans la Mahkama prennent place ; d’autres, tel Wâkil al-Khardj, rejoignent leur office à l’extérieur. L’Agha, Khûd­jet-el-Kheil et Beit-el-Maldji prennent place aux côtés du Dey.  La séance achevée, ils rejoignent leurs bureaux respectifs.

      Ce matin-là, alors que le conseil n’avait encore commencé, arrivait au palais Mohammed Husrew, escorté par les officiers de la garde du Dey. Comme convenu, il devait entretenir le Diwân des nouveaux rapports de forces à l’œuvre en Europe, et l'édifier au sujet des facteurs qui doivent désormais déterminer la conduite de la marine d’al-Djazâ’ïr.

   Le Dey ouvrit la séance en s’adressant à ses ministres en ces termes : « Nobles officiers…, nous tenons aujourd’hui un conseil exceptionnel en présence de l’illustre envoyé du Grand Sultan, Mohammed Husrew effendy, qui demeure parmi nous depuis plusieurs jours. Il nous rejoint ce matin afin de nous éclairer de ses conseils concernant les questions graves qui nous préoccupent à en ce moment précis.»

   Mandaté par la Sublime Porte pour délivrer des messages précis à l’Odjak, Husrew effendy commença ainsi : « Nous sommes parmi vous pour vous persuader d’adopter, dans cette phase critique des relations avec le monde chrétien, des engagements pacifiques envers les nations avec lesquelles le Sultan a conclu des traités de paix et de commerce. »

   Il marqua une pose pour jauger de l’intérêt que pouvait susciter ces premières paroles; le Dey reprit aussitôt la parole : 

   « Nous comprenons tout l’intérêt de cette exhortation, commenta-t-il, mais en ce qui nous concerne, cela impliquerait le renoncement au tribut dû par les nations chrétiennes au trésor de l’Odjâk, donc la fin de la course pour notre marine ! Que deviendraient alors nos Janissaires, où prendrions-nous l’argent de leur paie ? Comment nous procurer l’armement dont nous avons besoin ?

    »Peu après notre élévation à cette lourde charge, nous avons écrit à sa Majesté un rapport circonstancié sur l’état de nos finances, de notre armement et de nos troupes…, et nous avions exprimé avec la plus grandes précisions nos besoins en hommes et matériel de guerre. »

   Un silence abrupt enveloppa la Mahkama. Omar Bâcha promena son regard de l’un à l’autre en quête d’une confirmation muette à ses objections. Puis il porta son regard sur Husrew, un regard pénétrant, de ceux qui vous vrillent l’âme et s’efforcent de vous extraire la quintessence de votre pensée secrète ; un regard qui semblait dire :

« Nous mettons en jeu nos vies dans cette galère, quel soutient pouvons-nous attendre de sa Grandeur ?! »

   Devinant derrière ce regard une interrogation muette, Husrew répliqua :

   « Je suis parmi vous pour éprouver la sincérité de vos engagements à cesser tout acte de guerre contre les navires de certaines nations et rejeter tout motif de conflit avec la régence de Tunis : en  contrepartie, je vous promets tout mon soutien auprès du Sultan.

   — Je suis sincèrement inquiet de ce qui pourrait advenir », fit le Dey d’une voix plaintive !

   Cette réponse laissa dubitatif l’émissaire du Sultan. Il tenta néanmoins de développer un dernier argument pour persuader le Dey et le Diwân que l’équilibre des forces en mer a changé, et qu’il n’était déjà plus à l’avantage de la marine d’al-Djazâ’ïr !

   « Ce qui s’est passé avec les Américains, reprit-il, est la conséquence d’un nouvel éveil parmi les grandes puissances. Aux yeux des dirigeants européens, les Américains  ont donné le ton ! Craignez que d’autres puissances suivent l’exemple !

    Un silence morne suivit. Husrew se redressa :

   « Nous sommes dans un nouveau contexte et les rapports des forces en mer ne vous sont guère favorables. Je n’ignore pas que depuis quelques années vos prises en mer se sont réduites à très peu de choses, peut-être même en résulte-t-il davantage d’ennuis que de bienfaits ! », s’exclama-t-il.

   « Hussein Ben Ali, cria-t-il avec un léger emportement, vous êtes sans aucun doute le mieux informé, en votre qualité de Wâkil al-Khardj, des potentiels de guerre désormais déployés en Méditerranée !

— En vérité, répondit avec agitation Ben Ali, depuis quinze ans la course est peu lucrative et incertaine en raison des nouveaux risques. La paix avec l’Espagne avait réduit comme peau de chagrin notre champ d’action. De plus, toute la côte Est de la Méditerranée est sévèrement contrôlée par des renforts militaires : Naples arme ses frégates ; Malte double de cuivre les siennes les rendant redoutables ; le Portugal fait garder le détroit toute l’année par une ligne de frégates fortes…et, qui plus est, les flottes de guerre américaine, anglaise et hollandaise croisent prêtent à entrer en guerre…

— Ce qui fait beaucoup d’ennemis, releva Mohammed Husrew, et d’ajouter : vous êtes bien inspirés de vous ranger aux conseils du Sultan Mourad, Omar effendi, et votre obéissance vous vaudra un appui durable.

— Cependant, effendi, dit Omar Bâcha à Husrew, nous ne renonçons pas encore à la course. Les navires de commerce des petites nations seront toujours la cible de nos corsaires. Dans nos lettres au Sultan nous nous sommes engagés à épargner les bateaux de commerce Vénitiens, Autrichiens et Russes, et nous le réitérons en votre présence. Nous renonçons également à exiger le tribut de 12000 pièces d’or de Venise et de Viennes, réclamé sous le gouvernement de Hadj Ali, obéissant en cela à la volonté du Sultan. »

Mohammed Husrew hocha la tête…

    À neuf heures, heure habituelle du premier repas servi dans les cuisines du palais, le Dey congédiait le Diwân et convia Mohammed Husrew à déjeuner dans ses appartements.

« J’ai trouvé en vous, lui confia-t-il, un ami bienveillant, mais aussi un homme d’État avisé.    

   Vous nous soutenez dans vos comptes rendus au Sultan et nous vous en remercions. Je crois que le sort d’al-Djazâ’ïr vous importe personnellement. »

— Mes sentiments pour la Régence et pour votre personne son sincères et profonds, répondit Husrew d’une voix presque éteinte ! Toutefois, j’ai le devoir de vous rappeler que tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, vous êtes exposés aux pires dangers. Parmi vos soldats et les hommes forts de l’Odjak, il en est qui se livrent au jeu dangereux des luttes de fractions  pour le pouvoir, et qui voudraient voir rouler votre tête dans la poussière ! »

   Ces propos eurent, une sombre résonance dans l’esprit tourmenté de Omar Bâcha, constamment hanté par le sort de tous ses prédécesseurs assassinés. Son interlocuteur perçut son désordre intérieur, mais il sut apaiser ses émotions. Résigné, il confia :

   « C’est le destin cruel qui guette chacun de nous ! Le prix à payer à la gloire et au pouvoir, que nous y tenions ou non ! »

   Très ému, Husrew porta sur lui un regard amical, et lui dit :

   « Je ne peux malheureusement vous être d’aucun secours à l’intérieur, cependant je peux vous assurer de mon appui personnel pour tout ce qui est susceptible de vous menacer de l’extérieur. »

   La conviction que le destin des hommes et des nations tient à la seule Providence divine ne parait pourtant pas mettre le Dey à l’abri d’une sombre agitation, ni apaiser durablement son appréhension d’une mort perfide.

   Dans la lumière laiteuse de la pièce, sa robe de damas blanc reflétait sur son visage de levantin une surprenante pâleur. Il entama alors un monologue morbide, et, en un éclair, il fit le décompte  des souverains avant lui assassinés :

   « D’abord, Mustapha Bâcha qui fut sacrifié en 1805, bien qu’il consentît au pillage des maisons juives pour satisfaire la grogne des Janissaires. Ahmed fut le suivant en 1818!  Il fut proclamé Dey malgré lui par une fraction des Janissaires. Puis vint le tour de Ali Khûdja, tué l’année suivante.  D’autres encore suivirent, comme Hadj Ali, étranglé au printemps de 1815, après six années de gouvernement. Celui-là aura tenu, contrairement à Hadj Mohammed Khaznadji, qui ne survécut  au pouvoir qu’une une quinzaine de jours !

   Et c’est moi qui ai succédé à ce malheureux ! Aujourd’hui je suis souverain et je m’interroge : ai-je vraiment voulu si haute dignité ? »

*

    Omar Bâcha est rien moins qu’un poltron. C’est indubitablement un guerrier au caractère trempé. Autant ses compagnons d’armes que ses adversaires reconnaissent en lui l’homme déterminé et brave ! Les consuls qui l’approchèrent l’on encensé dans leurs correspondances diplomatiques.

   Toutefois, lorsqu’on vous élève si haut, vous vous retrouvez seul, exposé aux envieux, aux perfides et aux ambitieux. Et c’est dans les situations de crise que la conscience de votre solitude vous étreint ! Ce sentiment de solitude habite le Dey, le remue et lui fait regretter le vaillant général de cavalerie qu’il fût.

   « Pardonnez-moi effendi, je n’entends pas ce que vous dites ! » dit Mohammed Husrew. 

— Vous évoquiez les menaces extérieures, les grandes puissances ne se neutralisent-elles pas justement par le seul jeu de leur rivalité commerciale et militaire ? reprit le Dey en hausse la voix.

— L’état d’esprit a beaucoup changé parmi les chrétiens. Ne soyez donc pas surpris de voir les ennemis et rivaux d’hier s’allier pour vous nuire, prévient Husrew. Nous pensons que les Français attendent patiemment le jour où les circonstances leurs seront favorables pour envahir la Régence !

   Et si auparavant Napoléon ne l’avait pas fait, c’est parce que l’évolution des évènements en Europe l’avait empêché d’exécuter son projet d’invasion, mûrit dans le plus grand secret, mais dont nous tenons à présent des preuves écrites.

   Quant un homme de guerre vous assure de son attachement à l’indépendance des nations, il convient de s’interroger sur la sincérité d’une telle profession de foi. Malheureusement il  communiqua l’audace d’un tel projet aux successeurs !»

   Le Dey écoutait en silence, l'esprit vagabond. Notant le détachement du Dey, Husrew effendi fixa le plafond de la longue salle d’audience et se laissa un instant aller à la contemplation du riche décor géométrique et floral alterné, qui confère à cet espace un caractère si somptueux, et s’efforçait de reproduire mentalement les motifs complexes sculptés dans le bois.

   Omar Bâcha reprit le fil de la discussion comme s’il ne l’avait guère interrompue :

   « Le jour où les enjeux de suprématie commerciale et de domination sur les mers cesseront d’opposer l’Espagne à la Grande Bretagne, et celles-ci à la Hollande, ce jour-là il faudrait craindre le pire !

— Ce que vous dites et la sagesse même effendi, commenta Mohammed Husrew. Je n’ignore pas que les  rivalités entre l’Espagne et l’Angleterre, ou encore entre celles-ci et les autres nations aient à certains moments opposé les intérêts de la Régence aux considérations de politique étrangère de la Sublime Porte. »

    Pour donner le change au ton conseilleur de son interlocuteur et lui faire rappeler ce que cette rivalité impliquait pour al-Djazâ’ïr, quant l’une d’elles étendait son influence jusqu’à la cour du Sultan d’Istambul, Omar Bâcha se mit à conter un épisode historique  en rapport avec la maison des Bourbons :

   « Il y a longtemps, les Bourbons surent s’aménager des positions très influentes dans l’entourage du sultan Ahmed III, positions dont ils se servirent pour le convaincre d’amener le Dey de l’époque à la rupture des relations avec l’Espagne, parce qu’un tel rapprochement ne convenait ni aux Français, ni aux Anglais ! 

     L’histoire de nos relations avec les Français est ponctuée de tentatives détournées ou directes de nous empêcher de conclure la paix avec leur ennemi historique qu’est l’Espagne. Quatre décennies plus tard, ils empêchèrent la Régence de conclure la paix avec Naples, à une époque où nos provinces de l’Est (Beylik de Qassantîna) connaissaient une prospérité considérable. 

   À-t-il jamais existé un Dey, s’exclama Omar Bâcha, qui eût le pouvoir d’accepter ou de refuser quoi que ce fût !? Souvenez-vous de Mustapha Bâcha et de sa tentative de signer un traité de paix avec le Espagne bonapartiste ! Cela lui valut une conjuration intérieure inspirée par le consul anglais Falcon. 

 — Dans le secret de ces lieux, confia Husrew, je puis vous dire que vous êtes dans le vrai. Les consuls français et Anglais à Istambûl influencent au grès de leurs intérêts le cours des choses. Tout le contraire de la réserve amicale dont vous fîtes preuve, durant les années d’hostilité déclarée entre l'Espagne et l’Angleterre, jusqu’à l’invasion de l’Egypte par Napoléon. »

   En effet, dans ce contexte, l’Espagne aspirait à une paix avec la Régence, soutient le Dey. De son côté le vieux Hadj Ahmed Dey appelait de ses vœux cette paix, d’autant qu’elle était accompagnée d’un tribut annuel de quarante mille piastres d’or pour une période convenue de sept ans.

   Tantôt alliées, tantôt ennemies de l’Odjak, les grandes puissances chrétiennes excellent dans les jeux d’influence et conspirations à la cours du Grand Sultan.

   Et s’il advenait qu’al-Djazâ’ïr souhaitât construire une paix séparée avec l’une ou l’autre des grandes puissances, lesquelles n’aspiraient qu’à nuire l’une à l’autre, elles s’ingéniaient à faire échouer tel projet.

   On dit de Omar Bâcha qu’il est un souverain avisé et perspicace, capable d’évaluer les situations avec raison. De puis son élévation, il s’est efforcé de rétablir le lien de soumission au Sultan, l’assurant de sa disponibilité à exécuter tout ce qu’ordonnerait sa Grandeur.

 

  Les provinces de l’Est, de l’Ouest et le Titry sont en rébellion. L’effondrement économique et politique menace déjà d’un désordre dangereux, et le faible effectif des Janissaires, le besoin de canons et de minutions, lui laissent peu d’illusions sur son sort et celui de l’Odjak.

   Dans sa dernière lettre au Sultan, il décrivait ainsi la situation :

   « Depuis quelques années, nous menons une guerre contre les Arabes peuplant les montagnes autour d’al-Djazâ’ïr, une guerre qui épuise de notre trésor… »

   En effet, ces guerres incessantes vident les caisses de l’État et anéantissent l’armée. De surcroît, les dernières années ont vu une chute sensible des exportations de blé, en raison des épidémies, des sécheresses et des invasions de sauterelles qui s’abattirent sur le pays.

   Et voilà que les Anglais se mettent à exhorter leurs corsaires à attaquer les bâtiments transportant les cargaisons de la Régence à destination des Français... Si bien qu’on en est arrivé à une sorte de blocus coupant la Régence de ses principaux clients. 

  Les difficultés financière se compliquent d’autant que  les Français ne libèrent pas la créance dues à la Régence en contrepartie des livraisons de blé pendant les toute la période du Directoire. Cette créance de plusieurs millions[4] est de nos jours encore la cause d’une vive tension avec L’Etat français. »

   Pourtant, il semble que la  nomination récente de Pierre Deval comme consul général et les instructions qu’il aurait reçues du nouveau gouvernement, de satisfaire l’Odjâk sur toutes les questions en suspens, ouvrirait une perspective pacifique. Le Dey se mit alors à espérer des jours meilleurs, convaincu que la créance allait connaître un dénouement heureux dans des délais raisonnables.

Fin du récit neuvième.                                                                                   Fodil Hassam

 

 

[1]- Salle où se tient le Dey et où il y rend justice.

[2]- Hôtel de la monnaie.

[3]- Magasin où sont stockés les produits de la dime.

[4]- Voir Correspondance avec le Dey.

Cette affaire des créances Bacry semble ulcérer Dey Omar, comme ce fut le cas au temps de Baba Hassan et précédemment Mustapha Bâcha. Ces créances appartiennent pour une bonne part au trésor, car une partie des approvisionnements en grain provenait des magasins de l’État. Acquittées, ces créances seraient d’un secours considérable en ces moments de graves difficultés financières.

La restauration de la maison de Bourbon, en juillet 1814, avait donné lieu à la ratification de traités sous le gouvernement de Hadji Mohammed. Mais le 20 mars, Napoléon Bonaparte revenait en triomphe à Paris, et Louis XVIII quitta la capitale. Le 30 mars 1815, de nouveaux traités de paix furent signés avec la Régence.

 

Dix jours plus tard, le consul général Dubois Thainville arrivait à al-Djazâ'ïr porteur des lettres de Napoléon et du Duc de Vicence.

Le Dey  refusa le retour de Dubois-Thainville en tant que Consul général et lui interdisit de débarquer. Il lui fit dire l’exigence préalable de « liquider les demandes qui lui avaient été faites avant son expulsion, essentiellement, le règlement des créances des Bacri et la question des présents.

La seconde abdication de l’Empereur au début du mois de juillet et l’arrivée de Pierre Deval, en tant que Consul général du Roi Louis XVIII, coïncidèrent avec la résurgence des exigences de règlement de cette dette.

À l’heure même où Omar Bâcha et Mohammed Husrew tenaient leur tête-à-tête, aucun droit n’avait encore été fait à la requête du Dey.                

 

 

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