Mardi 22 mars 2011 2 22 /03 /Mars /2011 17:49

II. Le peuple libyen : facteur de résistance

  

 

La coalition conduite par la France de M. Sarkozy sous couvert du Conseil de sécurité de l’ONU et de l’OTAN déclare au peuple libyen une guerre unilatérale et injustifiée du point de vue tant de l’éthique que du droit, sous le prétexte insoutenable de la défense des populations civiles de Benghazi, contre l’armée populaire libyenne.

L’aviation occidentale bombarde des positons civiles et fait de très nombreuses victimes parmi les enfants, les femmes et les vieillards. L’objectif de zone de restriction aérienne est devenu un objectif de pure agression et d’atteinte à l’intégrité d’un pays souverain, en totale contradiction avec la charte des Nations unies, dont se réclame la coalition.

Cette agression caractérisée induit indubitablement, et conformément aux dispositions de cette même charte de l’ONU, un droit d’autodéfense de la nation libyenne, par tous les moyens à sa disposition.

L’opinion publique internationale, trompée par une entreprise de désinformation sans précédent, se trouve dans l’incapacité de se fixer sur les fondements véritables de la crise en Libye, la nature des insurgées et la réalité de ce qui se passe sur le terrain. Les médias occidentaux et arabes affiliés au capital international s’acharnent sur le guide de la révolution libyenne, comme le feraient des Hyènes sur un cadavre, sauf que dans ce cas précis, le régime d’El Gueddafi est  non seulement debout, mais sous la protection de sa population.

La cécité de l’Occident quant à la réalité populaire et à l’assise légitime du régime libyen est intentionnelle, voulue, car ce qui est visé, c’est l’atteinte à sa souveraineté et la spoliation de ses richesses pétrolières, propriété naturelle et légitime de ce peuple.

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L’OTAN instrumentalise l’ONU en utilisant des pays comme la Grande Bretagne, la France, le Canada… tels des instruments pour la mise en œuvre, dans sa phase préliminaire [exécution militaire],  d’un plan stratégique de remodelage des influences militaire, économique et idéologique en Afrique, au Maghreb et en Méditerranée, après en avoir fini avec le Moyen Orient.

Lorsque nous parlons de l’OTAN il convient d’entendre les USA, l’Europe n’étant que l’exécutant lorsque, comme dans le cas présent, elle est associée à la prise de décision. Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a servi dans ce cas de figure de l’intervention militaire américaine sur le territoire d’un pays souverain, membre des Nations unies, que d’espace de légitimation, non plus juridique, mais prétendument politique.

La violation de la Charte des Nations unies, donc du droit international, est patente dès lors que l’intervention militaire contre la Libye n’a guère été le fait des troupes de l’ONU (casques bleus), mais l’acte d’agression de l’aviation militaire de pays singuliers, qui sont la France, le Danemark, la Grande Bretagne, etc. Avant cela, aucun état-major militaire n’a été constitué sous l’égide des Nations unies.

Ce qui est entrain de se produire en Libye rappelle une réédition moderne, mais à Paris cette fois, du traité de Balfour et du Congrès de Viennes de 1815 qui entérina le partage du monde par les puissances coloniales de cette époque-là (hormis l’Allemagne aujourd’hui).

Pour quiconque n’ayant pas de parti pris, l’évidence d’une lente et longue préparation de cette agression saute aux yeux. La nature des troubles fomentés, le scénario selon lequel s’est déroulée la rébellion, l’impréparation des autorités libyennes à cette éventualité, l’enchaînement des faits depuis le commencement jusqu’à l’agression occidentale sur le territoire libyen, apportent la preuve que l’objectif final est la partition de la Libye et l’appropriation de ses richesses pétrolières et minières. Sa valeur en tant que position stratégique en fait une solution de rechange de meilleure facture que l’option d’un positionnement militaire en  Algérie ou ailleurs au Maghreb.  

L’intérêt stratégique et économique du désert libyen, sa position d’accès directe en Afrique, la disponibilité de l’énergie fossile et solaire, sa faible densité en termes d’occupation humaine sont des avantages hors de prix pour les Etats-Unis.

Par ailleurs, il est aujourd’hui notoire que l’Afrique, en tant que débouché commercial, est de première importance pour la Maison Blanche, d’autant que ce terrain lui est disputé par le Chine.

Dans ce troisième ordre mondiale, au sein duquel l’axe libéralo-militaro-sioniste  fait des USA l’élément dominant ne semble pas plaire aux autres Etats européens, excepté la France, qui se met sous la botte américaine, dans l’espoir de récolter des restes, encore que c’est le choix d’un lobby auquel est employé M. Sarkozy, actuel président français.

Naturellement, les petits Etats européens –Italie, Espagne, Suisse, Allemagne- ne trouvent guère leur compte dans cette affaire.

Car enfin, qu’y a t-il de commun entre certains Etats du nord de l’Europe, tels le Danemark, la Suède, etc., et la Libye ? Comment se fait-il que le gouvernement de l’extrême droite danoise ait pu penser entrer dans l’Histoire en participant au bombardement du territoire libyen et en revendiquant l’assassinat de civils innocents ?  Il faut être dans une logique hitlérienne, ou avoir reçu l’héritage génétique empoisonné d’arrières-arrières parents croisés, pour le déclamer à la face du monde.

En temps normal, se sont des pays insignifiants, sans envergure ni intérêts, tout au moins dans cette région que l’on agresse ; ont-ils un jour représenté quoi que ce soit pour les USA ou pour les autres grandes nations ?

 

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L’agression militaire contre le peuple et le territoire de la Libye a éveillé les consciences des peuples arabes en priorité et du reste du monde. Les images de destruction et de désolation diffusées ont profondément révulsé les opinions publiques. Tunisiens, Egyptiens, Musulman d’Asie et d’Afrique, Africains, jusqu’aux occidentaux eux-mêmes perçurent la nature et les mobiles de cette agression caractérisée.

Les pays agresseurs annoncent, par la voie de leurs médias, leur volonté de faire partir El Gheddafi et encourager la partition du pays, oubliant qu’il existe un peuple libyen avec lequel il faudrait compter sérieusement, car il semble avoir un autre point de vue sur la question et parce qu’il est le seul maître sur son territoire. L’occident et les USA en tête ont été profondément surpris, mais aussi ulcérés de découvrir que le peuple de Libye assure d’un soutien inconditionnel son leader. Cette donnée n’était visiblement pas ainsi envisagée.

Les 15 à 20% issues de tributs que l’on dit opposées à l’autorité du leader de la Révolution étaient supposés suffire à déclarer la Libye rebelle au pouvoir en place. Les démonstrations quotidiennes de soutien des larges couches du peuple  au Guide sont désormais un peu plus visibles pour l’Occident, à la faveur des bombardements et des destructions révélées au monde. C’est cette réalité qui, comme nous l’avons écrit dans un  article précédent dans cette série, constitue le grain de sable qui fera se détraquer toute la machine néocoloniale américano-franco-britannique, et la nouvelle croisade contre les nations qui rejettent la domination sous toutes ces formes.

 

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Ce pays atypique qu’est la Libye, qui n’est ni dans l’axe américano-Wahhabo-sioniste (qui inclus les monarchies pétrolières du Golfe) ni dans celui constitué par la Russie-Iran, devient une proie sans défense ; et, pour le fragiliser  dans l’indifférence générale, on entretient l’hostilité des monarchies pétrolières et on précipite, dans un premier temps, des pays comme la Tunisie et l’Egypte dans une anarchie révolutionnaires qui les occupent ; on exporte le scénario désormais rodé dans les autres pays arabes, dont le Yemen et la Syrie. Cette dernière plonge au plus fort de la crise libyenne afin d’en détourner toute attention.  Point d’orgue, on légitime alors l’agression par la caution de la Ligue arabe.

Or, dans ce scénario, nous assistons à un divorce total entre les peuples, d’un côté, et les gouvernements partie prenante de cette agression. Les réactions populaires observées depuis plus de 48 heures attestent de ce fait.

Nous sommes dans un schéma de transgression absolue : des volontés populaires, des normes de droit et d’éthique, de principes humains, politiques, etc. On s’est évertué à exceller dans le mensonge, la désinformation, la manipulation de l’opinion. A-t-on imaginé que toute cette construction allait être éventée, décomposée, mise en doute?

L’esprit du Congrès de Viennes revit dans l’âme de boutefeux tels Sakozy, Obama et leur alter-ego, l’Anglais, pour ne pas le nommer. Le premier, au mépris de son opinion publique, martelée, formatée, liquéfier depuis un mois par un renfort médiatique où la manipulation le disputait à la désinformation et au mensonge, va devoir essuyer  inévitablement la réaction de la rue française ; espère t-il sérieusement que les Etats-Unis l’inviteraient à ripailler et lui jetteraient un quartier lors du découpage de la tarte libyenne ? C’est faire preuve d’un angélisme incompréhensible et tirer les mauvaises leçons du précédent irakien !

Le gouvernement britannique, indépendamment de sa couleur politique, est un allié soumis et sans histoires. Pour lui, ce que la Maison Blanche veut, Dieu le veut ! Mais l’opinion publique britannique ne s’en laisse pas toujours conter !

Quant à Obama, pour lequel des voies appellent au retrait du prix immérité du Nobel de la paix, il s’est fait admonester par un Congrès Républicain qui lui fait la leçon selon laquelle il ne suffit pas d’aller à l’ONU pour être autorisé à prendre des décisions de cette gravité et de cette ampleur. Il s’est fait administrer une leçon de morale, de clairvoyance et d’humanité par la figure emblématique de la nation musulmane d’Amérique, Farakane, …Des suites sont donc à attendre et cette aventure coûtera certainement plus d’une réélection.

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Continuera t-on à se voiler la face devant l’indiscutable popularité du leader libyen parmi son peuple ? Mais peut-être est-ce la mise en branle d’une marche verte populaire, inédite, vers Ben Ghazi, donnant en offrande des rameux d’oliviers, en message de paix, qui convaincra l’Occident que sa guerre est dirigée contre un peuple entier, non contre un régime isolé.

 

 

 

 

 

 

 

Par Fodil Hassam - Publié dans : Analyse et réflexion
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Jeudi 17 mars 2011 4 17 /03 /Mars /2011 13:21

La théorie des maillons faibles

Tunisie, Egypte, Yémen, Bahreïn, Oman, Libye, Algérie… Qu’y a-t-il de commun entre ces différentes sociétés et régimes politiques ? Quelle est la morphologie  des systèmes politiques en place dans chacun de ces pays ? Quels sont les facteurs qui les rapprochent et les différencient ?

          Il est à présent établi que peu d’analystes et d’observateurs, voire de diplomates, en occident même, prévoyaient une révolution aussi radicale dans des pays tels la Tunisie et l’Egypte.

Avec la chute du pouvoir en Tunisie et le départ de Zine Al Abidine Ben-Ali, le soulèvement populaire contre le système incarné par le président Moubarak, en Egypte, les analystes occidentaux de tout poil déterrent leurs grimoires empoussiérés et brandissent la vieille théorie des dominos prédisant une propagation contagieuse des soulèvements populaires aux autres territoires arabes ou musulmans. Il en est néanmoins qui réfutent cette approche arguant de particularités politiques, culturelles, économiques voire psychologiques, pour faire valoir des revendications, des formes de contestations différenciées.

Le processus de contestation que l’on qualifie de révolutionnaire dans les deux premiers pays cités est non seulement inattendu, mais n’acquît ce caractère que par inadvertance, sous l’impulsion d’intérêts divers qui se sont très vite greffés aux premières agitations, à contenu initial fortement social et économique.

Cette impulsion est donnée par les oppositions politiques diverses jusque-là contenues par les régimes en place à Tunis qu’au Caire, mais surtout par les agents externes qui, à l’affût, guettaient le moment propice pour insuffler la vitalité nécessaire à l’opposition. Situation patente dans les deux cas.

La question qui se pose serait de savoir pourquoi est-ce le régime de Ben Ali en Tunisie qui, le premier est tombé, avec une relative facilité somme toute, et pourquoi a-t-il été suivi, avec si grande célérité, par le régime Egyptien ?

L’étincelle donnée par le geste de désespoir du jeune tunisien, l’immolation par le feu en tant qu’acte politique de contestation ultime, n’était pas à ce moment précis annonciateur d’une révolution.  On en était encore au comportement individuel qui, progressivement, se met à polariser une revendication socio-économique collective, socialement et géographiquement circonscrite.

Tunisie

Sous Ben Ali, le régime politique en Tunisie nourrissait, intérieurement, l’amplitude de la contestation. Au Maghreb, ce pays se présente comme le maillon faible. Nombre de raisons, et de circonstances aggravantes le qualifie à ce statut :

1-      Il est établi que le régime souffre d’une profonde corruption, organisée, et, comme partout dans le monde arabo-musulman, élevée au rang de concept de gestion et de répartition des richesses du pays ;

2-      Le régime négligeait tant les classes inférieures que de la classe moyenne ; si bien que ce mode de répartition instaurait un conflit entre une apparente volonté d’élargir l’éducation et la réalité économique et politique de cette classe moyenne, qui, in fine, est tombait dans un état de paupérisation.

3-      Rupture de la mobilité sociale, donc de l’opportunité d’amélioration des conditions objectives (niveau de vie) d’existence, une désolidarisation de cette fraction instruite et éduquée de la société avec le pouvoir politique. Bien plus grave, le lien que cette classe entretenait avec les couches supérieures, prolétarienne et sous-prolétarienne s’est rompu, neutralisant son rôle de tampon dans la société.  

4-      Paupérisation et désolidarisation de la classe des travailleurs, exclusivement organisée en syndicat unique puissant (UGTT), de l’administration et du pouvoir politique, faisant ainsi fortement pencher la balance, dès sa prise de position, en faveur du peuple.

5-      Existence d’une opposition relativement bien politisée et ancienne, mais dont une partie s’est expatriée en raison de la répression dont elle faisait l’objet. Cette partie de l’opposition semble avoir trouvé l’appui nécessaire à l’étranger, ainsi que l’encadrement qui l’a instrumenté dans la perspective d’un changement prévisible.

6-      Accaparement des ressources intérieures dans un contexte de rareté par les deux familles, Bel Ali et Trabelsi. L’avidité et la cupidité de ces deux clans au pouvoir atteint plus particulièrement les classe possédantes et les hommes d’affaires. D’où un isolement et une fracture entre les clans au pouvoir et le reste de la société tunisienne.

7-      La rareté de ressources naturelles en Tunisie- pétrole, minerai, terres agricoles, etc.- et l’étroitesse de son industrie font que le pays ne pouvait présenter qu’une résilience toute relative à la déprédation et aux excès de gabegie.

Toutes choses se résumant en une répression sociale, administrative et politique exagérée, faisant de la Tunisie un maillon faible qui a basculé tout naturellement, en vertu d’une surdétermination qui avait fédéré tous les mécontentements et toutes les contestations contenues : l’immolation du jeune Bouazizi par le feu.

Comme le fera ultérieurement l’armée égyptienne, l’état-major tunisien a activé le changement en surface en persuadant Ben Ali de s’en aller, afin de préserver l’ossature du système tunisien en évitant qu’une forme de radicalisation absolue menace toutes les institutions et les hommes.

 

Egypte 

       

       Avec près de 85 millions d’âmes, l’Egypte présente, par ce seul fait,  un potentiel formidable d’énergie susceptible d’être dirigé aussi bien vers la création et la production, que vers la contestation et le démantèlement de l’ordre établi. 

C’est une société fortement hiérarchisée, sévèrement inégalitaire et dont les ressources demeurent somme toute faibles au regard son importance numérique. A l’évidence, le régime social et politique égyptien conjugue concentration du pouvoir politique et économique entre les mains d’une minorité. Le fait est qu’une pareille concentration ne pouvait aller sans l’exercice d’une répression sévère. Face à une répartition des richesses fondamentalement injuste, la force politico-juridico-policière devient l’instrument obligatoire (d’un point de vue philosophique, cette dictature cache un désordre profond et donne à voir un ordre de surface fragile). Comme en Tunisie, en Algérie, au Maroc, en Syrie ou en Libye, au prime abord, la démocratie politique n’est pas la principale revendication des larges couches de la société ; la revendication sociale / économique est la motivation essentielle. L’exigence politique de mettre fin au système en place (l’ordre établi), est intervenue, dans les deux cas, après que la classe politique et quelques fractions de la société civile eurent pris le train de la contestation populaire. Etant entendu que la revendication politique portée par les partis eux-mêmes, à Tunis comme au Caire est ancienne, mais elle est restée inféconde faute d’un soutien populaire massif.

Qu’est-ce qui donc à surdéterminé cette révolte populaire massive qui a conduit au renversement pacifique du régime ? Voyons ce qui fait de l’Egypte de Boubarek le second maillon faible sur l’axe formé par les pays arabes le long de la Méditerranée.

Au plan interne :

1-      Forte rigidité de la structure sociale, générant une faible mobilité

2-      Répartition inégalitaire et souvent absence d’équité sociale faisant que l’Egypte compte plus de 25 millions de personnes démunies vivant en dessous du seuil absolu de pauvreté.

3-      Rareté des richesses et leur concentration entre les mains d’une minorité.

4-      Absence d’une réelle classe moyenne, définie au sens économique du terme. Il existe certes une classe moyenne supérieure  minoritaire et une couche moyenne inférieure plus large, par conséquent numériquement plus importante et économiquement plus faible.  Mais il se trouve qu’elle est de plus en plus érodée par le chômage ambiant et durable, notamment parmi les diplômés universitaires.

Les jeunes égyptiens qui avaient manifesté le 25 janvier 2011 portaient notamment une revendication sociale, avant la répression dont ils ont fait l’objet. L’intensité prise par le mouvement depuis lors avait attiré les autres acteurs de la société : parties politiques d’opposition, figures et organisations de la société civile, et ultérieurement professionnelles.

Dans les deux exemples, le passage à la revendication jusqu’au-boutiste est intervenu après une sévère répression des jeunes manifestants et les suites répressives exercées sur les individus isolés. Ceux qui ont suivi avec toute l’attention nécessaire la prise de parole par l’opinion publique égyptienne dans les médias d’Etat, voire privés, particulièrement les télévisions et les radios, après que le siège fût installé sur la grande place Ettahrir, au Caire, et la radicalisation  des manifestations, auront indéniablement noté que l’opinion fût nettement partagée après le premier discours du président Moubarak. En effet il apparaissait que parmi les diverses couches sociales, les réponses apportées méritaient que l’on mette fin aux manifestations.

Seulement il arrivât que l’alchimie qui s’opérait dans le magma constitué par les forces agissantes sur la place Ettahrir, islamistes, opposition partisane et individuelle, chômeurs, étudiants et autres contestataires, nourrît par une intense désinformation conduite sciemment par des médias satellitaires arabes et occidentaux, excitaient à l’extrême cette masse grossissante contre le régime en place.

Nous n’étions guère surpris d’entendre des analystes crédibles et établis dire que c’est sur la place Ettahrir même que la foule, entièrement coupée de l’extérieur, fut abreuvée d’information fabriquées sans rapport avec la réalité du terrain, jusqu’à créer les conditions psychologiques d’une revendication radicale absolue.

Le ralliement de la société égyptienne dans sa globalité, y compris dans le système lui-même, organisation des journalistes, ordre des avocats, organisation des femmes, syndicats…, à l’opinion radicale, dans un second temps, suggère en effet que  la radicalisation est née et s’est nourrie de sa propre dynamique, sur le terrain même.

Ce schéma d’auto-génération d’une idéologie radicale a très certainement opéré de la même façon sur le terrain tunisien. Dans les deux pays, on s’attendait à ce que les partisans du régime, c’est-à-dire les classes qui lui sont alliées fassent le contrepoids et agissent telle une force contre-révolutionnaire. Or, cela ne fut pas le cas !

Pourquoi donc ?

A priori, c’est peut-être parce que ces groupes sociaux sont en réalité minoritaires, ou enclins à l’opportunisme au point de se désolidariser du régime, précisément pour pouvoir poursuivre leur mainmise, quel que soit la nature du pouvoir en place ; peut-être est-ce la combinaison de ces deux aspects qui agirent.

La morphologie institutionnelle est semblable dans les deux pays. Le principe consiste en l’accaparement par un parti dirigeant des diverses autorités institutionnelles réunies en un pouvoir concentré. Quant aux élections, elles servent généralement à légitimer cet état de fait.

Cependant, il y a lieu de signaler cette différence essentielle entre le régime tunisien et égyptien : ce dernier procède fondamentalement de l’armée. Celle-ci gouverne indirectement au travers de la personne du président, du chef d’état-major et des services d’intelligence et de sécurité.

Sans doute n’est-il pas fortuit que Moubarak ait, promptement et tout naturellement, formé un gouvernement dirigé par un ancien militaire, et confié les postes importants comme les Finances à un autre militaire, en plus de son vice-président.

Donc,  que l’état-major de l’armée eût pris la succession après Moubarak n’avait rien d’inattendu en soi, car  ce n’était-là qu’une attitude d’auto sauvegarde et de protection du régime dans sa substance (individus et classes). Cela étant, on offre en sacrifice quelques brebis afin de conjurer les démons et d’exorciser le sort funeste que les révolutions réserves historiquement aux titulaires des régimes déchus.

L’investiture d’un nouveau premier ministre accepté par l’opinion, chargé de former un gouvernement de transition, ne bouleverse pas en elle-même l’ordre instauré par l’état-major de l’armée ; et, cette dernière, en y consentant se concilie la volonté populaire désormais noyée dans l’illusion d’un  changement voulu et auquel elle prend part.

Dans les deux pays, les gouvernements formés de technocrates,  politiquement non marqué,  dissimulent l’inertie qu’ils exercent sur la dynamique initiale des deux révolutions. Dans les deux cas, les membres des nouveaux exécutifs gouvernementaux ne sont guère que des fonctionnaires soumis au régime d’une bureaucratie qui souvent les dépasse et les entraîne malgré eux.

En d’autres termes, nous ne sommes pas encore dans la dynamique d’un changement politique et culturel foncièrement créateur ou révolutionnaire, mais dans une phase de reconduction de l’ordre dominant tant en matière politique et économique, qu’en ce qui concerne les modes de gestion de l’ensemble du système institutionnel et d’Etat.

Les élections présidentielles et législatives attendues au Caire comme à Tunis introduiront-elles des changements fondamentaux aux processus culturels, politiques et juridiques ou n’instaureront-elles que l’illusion de tels processus ? Donc, l’exécutif, détenant un pouvoir de gestion mais non de souveraineté, n’est guère en conflit avec l’ordre en vigueur.

 

                  Ce questionnement se justifie par le fait que bien souvent, les mécanismes de domination des sociétés sujettes à des bouleversements semblables, autrement dit la nature de la propriété et les schémas de répartition des richesses, ne changent guère, et à fortiori dans un pays fondamentalement libéral pauvre !

Ce qui présente de l’intérêt, c’est la célérité et la méthode avec lesquelles les partis au pouvoir ont été décapités, et de ce fait la comparaison des méthodologies à l’œuvre dans le reste des pays arabes, là où la contestation populaire est à l’oeuvre.

La mécanique de la contestation des pouvoirs en Tunisie, en Egypte, au  Yemen, au Bahrein, etc., peut paraître au prime abord similaire, hormis sans doute en Libye où le mode opératoire confine à la rébellion armée sécessionniste, nourri par la machine islamiste d’El-Qaîda au Maghreb.

 

La Libye

Parler de révolution en Libye est proprement absurde !

Le mouvement de contestation dans l’Est du pays s’apparente plutôt à une rébellion armée conduite par des islamistes, mais inspirée également par l’opposition libyenne installée aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Il est apparu au fil des jours que cette rébellion est fatalement vouée à l’échec. Quels en sont  sa morphologie et son caractère?

1/. Ce n’est plus une révolution populaire dans les deux premiers exemples. Elle paraît  rassembler des minorités hétérogènes, voire antagoniques sous une même bannière : islamistes fondamentalistes, opposants inféodés à des centres étrangers, communautarisme tribal restreint…

2/. Elle présente un caractère fractionnel.

Dès lors que ce sont des fractions de l’opinion publique libyenne qui s’expriment, et de la pire manière – violence et inféodation à des centres étrangers – leur action est vouée à avorter.

L’acharnement médiatique extérieur contre le régime libyen et le peuple libyen lui-même, a mis en évidence les faiblesses de la contestation, d’autant plus que le régime n’a pas recouru à priori  à une répression aveugle et excessive.

La Libye présente des points forts que ni la Tunisie ni l’Egypte ne possèdent :

1/. Disponibilité de ressources importantes

2/. Répartition harmonieuse des richesses

3/. Faible population

4/. Faible déprédation et corruption

5/. Adhésion des populations au mode de gestion politique et économique

6/. Démocratie typique, participative fondée sur l’idée d’une gestion populaire semi-directe.

Mais le facteur clé qui fait la force du régime en Libye est l’harmonie entre le peuple dans sa majorité et le guide la révolution, Moamar El-Gueddafi.

Par conséquent, la Libye n’entre pas dans la classification de la théorie du « maillon faible ». Apparemment le régime politique libyen  ne cadre pas avec les critères sur lesquels se fondent les méthodologies déstabilisation telles que les définissent les stratégies élaborées par des lobbies actifs aux Etats-Unis, en Grande Bretagne et ailleurs en occident.

L’ordre établi à Tripoli ne peut être fragilisé car intérieurement, il n’est pas isolé. Les assauts violents qu’il reçût de l’extérieur, ont eu l’effet inverse, excitant plutôt l’esprit nationaliste et communautaire des Libyens.

 

Conclusion

Ces éléments d’analyse nous édifient sur le fait que les révolutions survenues en Tunisie et en Egypte  sont atypiques. Elles ne constituent nullement un modèle applicable, mécaniquement, aux pays voisins ou au reste des Etat arabes.

Les déterminations qui ont prévalues pour les deux cas cités, c’est-à-dire les désordres internes que couvent les régimes foncièrement corrompus de Ben Ali et Moubarak ne peuvent agir dans le cas de Tripoli, de Bahrein et du Yemen, car les contextes sont différents : politique, sociologique,  culturel et géographique.

Bien que l’on tente d’employer les mêmes méthodes de pression psychologique, entre autre par la mise en branle d’une intense désinformation relayée par les télévisions satellitaires arabes et internationales, et par des moyens de pression sur les opinions publiques autochtones et l’opinion publiques mondiale, par la mise en branle des organisations et institutions communautaires et internationales (ONU, Union européenne, OTAN, Ligue arabe…), il n’en résulte pas les résultats escomptés.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Fodil Hassam - Publié dans : Analyse et réflexion
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Mardi 1 juin 2010 2 01 /06 /Juin /2010 11:04

TROISIEME PARTIE

 Politique fiscale et tarifaire

 

CHAPITRE UN

 Un dispositif fiscal en réforme

 

 

      Le dispositif fiscal algérien souffrait avant les réformes économiques (1992-1994) de faiblesses structurelles des capacités de mobilisation de l’impôt ordinaire.

Les ajustements engagés au rythme des budgets annuels ont donné des résultats variables. Une tendance à l’amélioration des ressources mobilisables est néanmoins observée d’une année sur l’autre.

 

Attentifs, les experts internationaux du FMI ont principalement  relevé que le régime en vigueur présente une faille à l’endroit de la fiscalité directe sur le revenu et les bénéfices.

L’importance des impôts directs dans le PIB n’est pas très appréciable en raison de la faible rentabilité des secteurs importants de l’économie, tels le BTP et l’industrie.

Jusqu’à 1993, l’impôt direct appliqué aux salariés ne représentait qu’un ratio de 2,7% (hydrocarbures inclus).

La restructuration des entreprises publiques et l’amélioration des conditions de l’investissement privé devenaient de ce fait des présables nécessaires à l’accroissement des capacités de mobilisation de l’impôt.

 

1-     Une Nouvelle architecture de l’impôt

 

En réponse à l’objectif d’une plus grande mobilisation de l’impôt ordinaire, intégré au cœur du programme de réforme de l’économie, les autorités ont entrepris dès 1993 la modernisation des outils de travail de l’administration fiscale. (70) 

D’une année sur l’autre, jusqu'à 2002, des actions de formation, d’équipement et d’informatisation ont été budgétisées. (71)

L’élargissement de l’assiette fiscale s’est inscrite comme le moyen d’accroissement des ressources, car c’est la que se trouvait concentrée la faiblesse du dispositif.

 

 

 

 

 

 

-70- En 1995, l’aménagement de la TVA était présenté comme une des corrections à apporter, en passant de un à deux taux. Le but étant de rattraper les pertes enregistrées en comparaison des résultats obtenus dans d’autres pays à revenus intermédiaires.

-71- En 1992-1993, un programme sur cinq ans avait été présenté et agréé par le gouvernement. Il comprend plusieurs volets, dont la construction de nouveaux locaux, l’information, la formation, etc. les problèmes d’insuffisance de crédits n’ont pas permis de mener à terme le programme de construction à travers le pays des 89 centres de Finances et d’Hôtels de Finances inscrit depuis 1989. Ainsi, dans le secteur des Finances, le processus d’association à l’U. E se solde par un programme d’appui inclus dans le bon de commande 2001 de la Commission européenne, mais néanmoins reporté sur 2002. Le programme de modernisation du gouvernement bénéficia par conséquent de l’Assistance Technique, de formation, l’équipement informatique et la documentation. A ce titre, l’U E a engagé dès 2003, quelques dix millions d’euros.    

 

 

Les chiffres indiquent tout au long de cette période une hausse rythmée de 7% à 8%, avec un minimum de 5% par an. (72)

 

L’activité commerciale, essentiellement d’importation, module généralement l’importance des recouvrements, particulièrement en ce qui concerne les ressources générées par les droits de douane et la TVA.

 

Ainsi par exemple, la dynamique observée en 1996 en ce qui concerne le commerce extérieure est retombée en 1997, entraînant vers le bas le produit de la TVA et des douanes, postes qui représentaient déjà près de la moitié du revenu fiscal ordinaire global.

Pour 1997, l’impôt sur le chiffre d’affaires a représenté 150 milliards de dinars sur 310 milliards de dinars de fiscalité hors hydrocarbures.

Il n’empêche que cette année-la, le produit fiscal a connu une croissance de 8%.

  

 

 

 

 

                                    

                            Résultats fiscaux : comparatif en 1995 

 

                                                             Algérie….. Egypte….. Maroc….Tunisie

 Impôts sur le revenu et les bénéfices……2,7………..3,6……….6,1……….5,7

 Droits de douane………………………...3,7………..3,5……….4,3……….4,3

 Taxe à la consommation ………………..5,1………..4,6……….11,8………9,6

 Total ……………………………………11,5………11,7………22,2……...19,6

 

   Source : FMI   

 

 

 

 

L’année 1998 compléta en quelque sorte le dispositif entrepris six ans plutôt au fil des lois de finances, et permit de mieux distinguer le fil d’Ariane autour duquel s’articulaient les objectifs de la politique  en œuvre.

 

 

 

 

 

71-  Le plan de relance de l’économie (2001-2004) a insufflé la dynamique nécessaire en inscrivant à ce titre un budget 20 milliards de dinars sur la durée. Le plan de relance de l’économie prévoit au titre de la modernisation de l’administration fiscale la répartition suivante : (2001………0,2 GDA) . .. (2002………2,2  GDA).

 

 

 

-72-  1999 fut clôturée sur un bilan de fiscalité ordinaire de 339 milliards de dinars au lieu de 380 milliards de dinars prévus par la loi de Finances. En 2000,304.893 milliards de dinars on été recouvrés par l’administration générale des impôts, indiquant une hausse de 7%.  

 

 

Pendant toute la phase de mise en œuvre des réformes économiques, les autorités se sont efforcées de faire intervenir la fiscalité comme un instrument d’incitation à l’investissement en se fixant un objectif de croissance et de dynamisation de l’activité dans les secteurs jugés prioritaires. (73)

Les aménagements durables en faveur de l’économie introduits alors accentuèrent la visibilité en matière de politique fiscale, avec essentiellement la réduction de l’impôt sur les bénéfices des sociétés (IBS), porté de 38% à 30%. 

Cette décision avait été prise alors que les autorités financières étaient fermement convaincues que le taux en vigueur était avantageux.

Une forme de cohérence intervenait également par touches successives dans l’architecture d’ensemble. (74)  

Le patronat organisé d’une façon plus cohérente et crédible, proposera dès l’année 2001 des changements plus en profondeur.

Jusqu'à cette datte, la revendication patronale était extrêmement éparpillée, et donc peu cohérente.

La période 1999-2003 fut celle de la maturation d’un dispositif fiscal et tarifaire allégé et adapté aux nouvelles orientations d’harmonisation au plan international et régional.

L’accélération de l’ouverture économique, clairement manifestée depuis 1999 (en particulier par l’activation des négociations en vue d’un accord d’association à l’Union Européenne et le dialogue avec l’Organisation Mondiale du commerce), avait abouti à la définition des premiers éléments de mise en cohérence de l’architecture tarifaire (budget 2000).

Les mesures fiscales d’allégements promulguées dans les budgets de 2001, 2002,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-73- Cette année-là, période clôturant l’accord conclu avec le FMI, les dispositions fiscales introduites allégèrent la pression de l’impôt en matière de taxe sur la valeur ajoutée appliquée aux prestations médicales, ainsi ramenée de 14% à 7%.  

Dans le secteur de l’immobilier, un dispositif d’allégement fiscal est introduit au profit des entrepreneurs adhérant à un cahier des charges définissant le prix du mètre carré bâti.

L’adhésion à ce cahier des charges entraînait une exonération totale sur l’I B S ou  l’I R G. 

En plus de la franchise de TVA sur les prêts bancaires destinés à la construction, alors de 14%.

Le médicament est l’un des rares produits affranchi de TVA.

 

Toute la chaîne avait été touchée, depuis la matière première et le produit semi-fini, jusqu’au produit vendu sur le marché, l’équipement ainsi que l’investissement.

La seule charge exercée sur le médicament était la taxe douanière de 3% payée à l’administration des douanes.

 

-74- En 1998, le taux réduit de 5% appliqué à l’investissement est ramené à 3%.

Le taux de 3%, prévu dans le cadre de la loi sur l’investissement était en vigueur jusqu’en 1997, alors que le régime douanier réaménagé était réajusté à 5%.

 

Si bien qu’il s’est créé un conflit dans ce domaine.

Une espèce de discrimination entre les investisseurs qui importent dans le cadre de l’agence de soutien et de promotion de l’investissement (APSI), et ceux qui activaient hors du cadre de cette agence, aujourd’hui remplacé par l’ANDI suite à l’ordonnance présidentielle sur l’investissement de 2001.

Autre exemple, les composant des textiles, telles que les fibres synthétiques sont passés des taux de 15% et 25% à 3%. En revanche, les taux appliqués aux importations des produits finis avaient augmenté, pour atteindre 45% quelques fois. 

2003 et de 2004 sont sensées être complémentaires des dispositions prises antérieurement. (75)

A partir du 1er juillet 2001, le droit de douanes de 45% est ramené au taux de 40%, parallèlement est institué un droit additionnel provisoire à l’importation (DAP) au taux de 60%. (76)

En 2001, une fiscalité environnementale est esquissée avec le réaménagement de la taxe sur les activités polluantes en fonction du degré de pollution et l’institution de nouvelles taxes d’incitation au déstockage des déchets.

Ces taxes portent sur les déchets d’origine industrielle et hospitalière.

Les recettes sont affectées à hauteur de 20% au Trésor public et à 80% au Fonds national de l’environnement et de la dépollution (FEDEP).

 

Est prévue par exemple la taxe d’incitation au déstockage, fixée à 10.500 DA- tonne stockée (déchets industriels spéciaux ou dangereux), ainsi que la taxe d’incitation sur les déchets liés aux activités de soin des hôpitaux et cliniques, fixée à 24.000 DA la tonne.

A ces deux taxes s’ajoute la taxe complémentaire sur la pollution atmosphérique d’origine industrielle, appliquée aux quantités émises dépassant les valeurs limites.

De même, est instituée une taxe sur les carburants dont le tarif est fixé à un dinar par litre d’essence super et normale avec plomb, et dont le produit est affecté à raison de 50% au Fonds national pour l’environnement et la dépollution et le Fonds national routier et autoroutier.

L’exercice 2001 a également amorcé le transfert progressif aux collectivités des prérogatives de l’administration fiscale en matière de recouvrement et de liquidation des impôts dus (taxe d’enlèvement des ordures ménagères). (77)

 Progressivement, le système se construit étape après étape, et se donne les capacités de couvrir et de gérer de plus en plus largement l’activité sociale et économique.

Une fiscalité locale de dessine progressivement dans ses aspects durables.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-75- il s’agit des taux de  versement forfaitaire(VF) ramené de 6% à 5% au premier juillet 2001, puis 3% et 2% respectivement en 2003 et 2004, dans une perspective dégressive ; la taxe sur l’activité professionnelle (TAP) est  ramenée de 2,55% à 2% puis 1% en 2005. La taxe sur la valeur ajoutée (TVA) ne s’appliquait plus aux commerçants dont le chiffre d’affaires annuel est inférieur ou égales à 1,5 million de DA.

La suppression de la taxe spécifique additionnelle (TSA) concerne 246 produits. La taxe intérieure de consommation (TIC) couvre une trentaine de produits (bananes, ananas, caviar, produits alcoolisés…) avec des variantes entre 20 et 30 %. Cette disposition est l’une des premières mesures de réforme tarifaire compensant la suppression de la valeur administrée et de la TSA.

-76- Cf. ci-dessous.

-77- Le ministère des Finances fut interpellé en 2002 par le Sénat sur cette question suivant une procédure indirecte. Les collectivités locales (APC) ne produisent que 10% de leurs ressources sur leurs propres richesses, comptant à 90% sur les ressources d’impôts distribuées par l’administration centrale. 

Les recettes de sept taxes sont actuellement reversées aux APC : TAP, VF et la taxe foncière, TVA (65%), vignettes automobiles (80%). Le non recouvrement de l’impôt destiné aux collectivités locales représente un déficit annuel variant de 2 à 8 milliards de dinars. En 2001-2002, les recettes fiscales des collectivités ont respectivement atteint 95 et 94 milliards de dinars. Le ministère des Finances semble se diriger vers la démarche qui consiste à créer de nouveaux impôts propres aux APC et élargir l’assiste fiscale.    

 

 

2-    Entreprise privée et fiscalité

 

 

     14469 sociétés privées ont déclaré pour l’exercice fiscal 1998-1999 un chiffre d’affaires de 1.110 milliards de DA. (78)

Les droits payés au titre de l’impôt sur le bénéfice (IBS) avaient atteint 29,9 milliards de DA.

 

La taxe sur l’activité professionnelle, perçue au taux 2,55% du chiffre d’affaires, a procuré 38,3 milliards de DA au budget des collectivités locales.

Le versement forfaitaire prélevé au taux de 6% sur les salaires versés, a généré au profit de ces dernière 22,9 milliards de DA.

 

L’année 1999 fut exceptionnelle pour l’entreprise privée qui ne s’est jamais aussi bien portée et n’a été aussi contributive.

Fraîchement organisé dan un « forum des chefs d’entreprises », le patronat privé entretenait cette année-là une parfaite proximité avec les autorités gouvernementales et, en tant que tel, n’a pas manqué d’attirer l’attention sur les dangers d’une fiscalité excessive et pénalisante.

 

 

Les reproches formulés par les patrons algériens sont synthétisés dans les principales remarques ci-dessous.

Le dispositif fiscal pécherait par la multiplicité des impôts et taxes.

Partant de cette analyse, les patrons privés considérèrent que le dédoublement de certains impôts fait du tort aux entreprises.

Ainsi en est-il de la taxe spécifique additionnelle (TSA) qui, représentant déjà 30%, s’ajoute à un taux de TVA de 17%. D’où une proposition de suppression de cette taxe.

 

Il faut dire que les patrons sont confortés par les conclusions d’une enquête sur le taux de l’impôt en Algérie, conduite par de la Banque mondiales auprès de 600 entreprises.

 

Ses conclusions révélèrent que sur les 18 contraintes énumérées comme entravant le développement de l’entreprise, la pression fiscale vient en quatrième position, avec des taux supérieurs à ce qui se pratique ailleurs dans la région méditerranéenne.

 

Pour la période 1992-2002 ce taux était de 13,6% du PIB contre 18,2% pour la Turquie, 20% pour la Tunisie et 23% pour le Maroc.

Par ailleurs les patrons notèrent qu’un taux maximum de 40% d’IRG est appliqué à partir d’un revenu de 1.920.000.DA. 

 

 

  

 

 

 

-78-  Ce chiffre est rendu public par « Le forum des chefs d’entreprises » lors d’une rencontre sur la fiscalité.

 

    L’application statique de cet impôt leur parait inadaptée et doit par conséquent induire une révision annuelle du taux applicable ou une indexation à l’érosion monétaire et au taux d’inflation, selon la méthode des 15% mise en œuvre par la CASNOS lors de la perception des cotisations annuelles.

Au régime en vigueur, le contribuable dont le revenu est au plafond devra payer 15% à la CASNOS et 40% au titre de l’IRG, en somme un total de 55%.

Le patronat y voit naturellement un frein à l’investissement privé.

On considère également que la suppression du versement forfaitaire sur les salaires et les rentes viagères (VF), présentés comme des freins à la création de l’emploi, sont à l’origine d’un chômage chronique, car cette taxe dissuade les employeurs disposés à offrir des emplois. (79)  

L’IBS représente 30% de prélèvements sur les revenus des sociétés et 15% sur les bénéfices réinvestis.

Qualifié de non attractif pour l’investissement étranger et national, il est aussi sujet à contestation.

Les propositions du patronat concernant les niveaux de prélèvements s’énoncent comme suit :

 

1-Maintien du taux IRG mué en impôt libératoire pour le reste du bénéfice distribué aux associés, autrement dit, suppression de l’IRG sur le revenu des parts et actions des sociétés, comme pour les bons de caisses anonymes.

 

 

2-Où, réduction de ce taux à 20% maximum et imposition à l’IRG des bénéfices distribués à taux forfaitaire libératoire, autrement dit pour les bénéfices disponibles non réinvestis, la société liquide les 2 impôts IBS et IRG et peut distribuer le reliquat aux associés.  Cette solution permettrait d’augmenter les recettes fiscales provenant de la société.

 

 

 3-La TAP étant un impôt direct, elle ne devrait être due que s’il y a des bénéfices. En cas de déficit, elle ne le serait pas.

 Elle est pourtant à la charge du contribuable même en situation de déficit, ce qui lui donne le caractère d’une taxe sur le chiffre d’affaire (TCA).

 

 

4- La TVA est une taxe sur la valeur ajoutée due par le consommateur sur l’ensemble des services et des biens, or le producteur en est exonéré lorsque les biens et les services sont des inputs entrant dans la production.  

           

 

 

 

 

 

 

 

-79- Cf. ci-dessous partie consacrée à l’investissement.

 

En disant cela, les patrons s’interrogent sur la possibilité de concilier une exonération de la TVA et une soumission à la TAP.

La suppression de cette dernière taxe s’impose, pense- t- on, parce que ses bases sont en contradiction avec les règles de l’impot direct, mais sa suppression augmenterait les bases IBS ou IRG donc surplus de recettes.

 

5- La loi de finances pour 1999-2000 a augmenté le taux de droit  de timbre d’acquit à 2%.

Ce taux est jugé prohibitif et pénalisant, car l’entreprise qui fait actuellement les frais de la crise et veut préserver ses intérêts devant la recrudescence des chèques en bois, ne peut raisonnablement imposer à ses clients un droit de timbre de 2% sur la valeur globale de la marchandise TTC.

Ce point de vue est corroboré par l’argument c’est le petit commerçant qui en assume la charge.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Fodil Hassam - Publié dans : Economie & Finances
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Mercredi 26 mai 2010 3 26 /05 /Mai /2010 18:40

 Deuxième partie

 Chapitre trois

 

  I. Assainissement de la banque publique

 

    Au démarrage des réformes économiques le système bancaire algérien était extrêmement déstructuré et dépourvu de compétences suffisantes pour jouer efficacement son rôle d’intermédiaire financier.

Les banques publiques agissaient dans un cadre autoritaire et étaient tenues de pratiquer le crédit obligatoire aux entreprises publiques, en fonction d’une spécialisation sectorielle imposée qui limitait le champ d’intervention.

Il fallait donc les extraire à cette condition en les insérant dans un long processus de restructuration.

Selon le Fonds monétaire, en 1990, près de 65% des actifs des banques étaient improductifs et la Banque d’Algérie était intensément sollicitée pour des opérations de refinancement.

Ce diagnostic était encore valable en 1994, trois ans après le démarrage d’un programme de restauration du secteur financier et des entreprises avec l’assistance de la Banque mondiale (54).

 

 

                  Premier assainissement : 1993-1997

 

     En 1993, les autorités algériennes prirent en charge 275 milliards de dinars de créances bancaires improductives détenues sur les entreprises (55).

Selon la Banque d’Algérie, jusqu’à 1996, les banques commerciales bénéficièrent de 217 milliards de dinars en espèces, représentant à près de 80% une compensation au titre des pertes de changes générées par les emprunts extérieurs contractés au nom de l’Etat.

Les 20% restants ont permis de refinancer ces dernières.

C’est ainsi qu’en 1995, le Crédit Populaire d’Algérie(CPA) et la Banque Extérieure d’Algérie (BEA) reçurent un transfert budgétaire de 10 milliards DA.

La recapitalisation des banques publiques était perçue comme la seconde étape d’assainissement après les phases d’apurement des dettes des entreprises.

Ce processus va se renouveler jusqu'à son aboutissement en 2001-2002. 

    

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 -54- Il s’agissait alors du programme E F S A L, interrompu par la partie algérienne.

 -55- Direction Générale du Trésor.

 

 

 

 

 

 

 

Principales étapes d’apurement financier des banques publiques

 

 

-1996 :

Emission d’obligation du Trésor à échéance de vingt ans pour une valeur de 24,9 milliards de dinars.

Quatre des cinq banques (non comprise la BEA) en bénéficièrent à titre de refinancement.

 

 

-1997 :

08 milliards de dinars on été décaissés au titre de la recapitalisation de la CNEP.

Cette même année, l’Etat convertit 187 milliards de dinars de créances improductives en Bons du Trésor pour une échéance de 12ans.

Ce qui augmenta de 0,6 points de PIB les intérêts dus par le Trésor dans le budget de l’année suivante.

 

Lors de cette première phase, les banques étaient liées au gouvernement par des contrats institutionnels passés avant 1994, avec le soutien de la Banque mondiale.

Ces contrats consistèrent en la mise en place d’un plan d’action institutionnel de réforme à l’intérieur de chaque banque, en tant que préalable au dispositif de réforme. 

De 1991 à 1997, l’effort a porté sur l’assainissement du secteur économique public, car pensait-on, on ne pouvait pas assurer la réforme du secteur économique, principal demandeur des ressources des banques, et dans le même temps réformer celles-ci. 

C’est en ces termes que les autorités expliquaient alors leur démarche et justifiaient les séquences retenues (56).

 

 

 

Il fallait maintenir en vie le système bancaire indépendamment de sa performance, en dépit d’une grande controverse sur la qualité des prestations fournies par les banques.

Les dernières mesures de restructuration ont été prises vers la fin de l’année 1997.

Les restructurations ont consisté à la fois à traiter la dette bancaire et à rendre liquides les banques afin de répondre aux besoins du secteur économique en crédits bancaire et partant apurer les portefeuilles des banques.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-56- Déclaration faite à l’auteur par le directeur général du Trésor, lors d’une interview portant sur le dossier de la réforme bancaire. In Quotidien l’Authentique : 1998.

 

 

 

  Les actions étaient ainsi ordonnées :

 

1- Un traitement de la dette des entreprises publiques, en partie à travers les rachats de découverts par le Trésor et par consolidation au niveau des banques sous la forme de crédit à moyen terme ; un assainissement complémentaire dans le cadre du dispositif banques entreprises.

 

 

1-       

Cette dernière opération a coûté entre 100 et 110 milliards de dinars.

 

 

2-      Concernant les banques elles-mêmes, un assainissement partiel du portefeuille                   a été effectué sur la base des bilans de 1991, complété sur la base du bilan de 1993 ; un assainissement additionnel fondé sur le bilan de 1995 et partiellement 1996 a parachevé le processus.

 

 

3-      Jusqu'à la fin de 1997, le chiffrage pour les banques tournait, selon la direction générale du Trésor, autour de 88 milliards de dinars (assainissement du portefeuille), dans le cadre de la recapitalisation.

Pour ce qui est de l’assainissement des entreprises, 544 milliards de dinars ont fait l’objet de traitement au niveau du Trésor, et 70 à 75 milliards au niveau des banques.

 

Ce travail n’a été possible que grâce aux ressources du rééchelonnement de la dette extérieure dont le Trésor public a pu disposer alors.

Ce dernier a ainsi injecté dans le système bancaire plus de 295 milliards dinars entre 1991 et 1997.

Ces liquidités ont bien évidemment alimenté l’économie.

 

Lors de cette phase, le Trésor public était chargé d’exercer les prérogatives de l’assemblée générale des banques et prit à ce titre des mesures à l’intérieur de la comptabilité des banques pour provisionner quelques créances et contribuer à l’apurement du portefeuille.

 

Ce fut une période de crispation entre les entreprises et les banques, une période de surévaluation des taux d’intérêts et de difficultés à accorder du crédit aux entreprises, partiellement remise de leur déstructuration financière, bien que le système bancaire dans son ensemble eût disposé d’un capital de 88 milliards de dinars.

 

Nous étions encore en phase restrictive de la demande intérieure, mais d’ouverture du marché extérieur.

S’y conjuguaient insolvabilité de la demande intérieure et concurrence générée par les importations.

 

 

 

 

Les entreprises publiques, à la recherche d’un marché et en difficulté de trésorerie, n’étaient pas demanderesse de crédits bancaires, en raison des taux pratiqués pendant cette période (57).

     .

 

 

   Un dispositif  banques – entreprises, conçu comme un mécanisme d’assainissement – restructuration, contribua à maintenir un rythme d’injection de flux (voir encadré).

 

Bien que les créances consolidées par le Trésor en faveur des banques étaient éligibles au réescompte - octroi d’une facilité de la liquidité du marché interbancaire, évitèrent le recours systématique au réescompte (58). 

 

Ainsi donc, le refinancement des entreprises et l’apurement de l’endettement bancaire ont rendu possible un flux financier conséquent, transformé en crédit à l’économie.

Au terme du premier semestre de 1997, on en est arrivés à 699,5 milliards de dinars.

Mais le plus lourd restait à faire en ce domaine, et le coût d’un assainissement définitif était redouté.

 

Il n’empêche que le mécanisme lent d’une réforme du système bancaire avait commencé.

L’année 1997 s’est achevée sur une amorce de détente sur les taux d’intérêt bancaires (19,5% et 13%).

 

L’inflation baissant à 5,7%, la stabilité macro-économique étant ancrée, il devenait dès lors nécessaire de rattraper le taux de réescompte en adoptant une fourchette négociable lors de l’octroi du crédit (59).        

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 - 57- La  fourchette des taux se situait pour le crédit entre 23,5% et 19,5% en 1997.  

  -58- A cette période, ce marché avait négocié, selon la Banque d’Algérie, 91,7 milliards de dinars. Néanmoins le recours au réescompte au taux normal de 12,5% (1997) avait permis aux banques de se refinancer à hauteur de 219 milliards de dinar           59- Le taux de réescompte passa en 1997 de 12,5 à 11%. Ensuite, respectivement à 9,5% ; 8,5% ; 7,5 ; 6% ; 5,5 ; 4,5 %   en 2003 et 4% en 2004.

 

 

 

II.               Deuxième assainissement : 1998-2002

 

● Taux d’intérêts, réescompte, crédit bancaire :

 

     Les liquidités nouvelles dont disposaient les banques permettaient désormais de rétablir une certaine cohérence entre le taux d’inflation (5,7%), le taux de réescompte (9,5%) et le taux d’intérêt bancaire (12,5%).

La baisse des taux d’intérêts avait érodé la rémunération de l’épargne et placements, ramenée à (8,5%).

Cet ajustement, que certains considéraient comme une décision purement administrative et que d’autres apprécièrent comme étant nécessaire à ce moment-là, ne laissait pas de marge positive aux banques.

Jusqu’à la fin de 1997, cette marge était de l’ordre de (4,5%).

L’orthodoxie exigeant que l’écart entre les taux de réescompte et la marge bancaire soit de trois points, la Banque d’Algérie se devait d’aller plus vite dans le processus d’abaissement de ses propres taux de refinancement.

 

Cette situation donna lieu à des tiraillements entre les autorités financières et l’autorité monétaire (ministère des Finances et Banque centrale).

De son coté, l’administration a fait accompagner cette baisse du coût du crédit par la suppression, dans la loi des finances pour 1998, du taux de TVA de 14% appliqué au crédit à l’investissement.

La Banque d’Algérie avait été en effet très conservatrice concernant les taux de réescompte, jugeant leur détente comme devant être progressive et prudente.

Gardienne du temple anti-inflation, elle développait une lecture qui gênait considérablement les objectifs du ministre des Finances lequel inclinait, des 1998, à faire baisser les taux d’intérêts bancaires,  partant de l’analyse selon laquelle le coût du crédit allait encourager l’investissement privé.

Les entreprises étaient cependant confrontées à des contraintes de solvabilité du marché intérieur et de concurrence déloyale introduite par la libéralisation du commerce extérieur.

La Banque d’Algérie a prévenu alors que dès la fin de la période couverte par l’accord avec le FMI, l’attitude de conciliation adoptée à l’égard de l’exécutif allait changer.

Lors de la période comprise entre le milieu de 1997 et 1999, au vu des incertitudes qui se profilaient alors sur le marché pétrolier mondial, la Banque d’Algérie s’est efforcée de persuader de la nécessité de consolider les gains obtenus dans la courbe de l’inflation.

Cette joute sur le thème des taux d’intérêts n’est pas sans fondements.

Le Fonds monétaire international considérait à la même période que « les mécanismes des taux d’intérêts n’obéissent à aucun jeu des forces du marché, rendant pratiquement dérisoire le crédit bancaire en Algérie ».

Les analystes du FMI notaient en effet que la détente introduite sur les taux de réescompte (6%) par la Banque centrale n’avait guère fait bouger les taux de crédit des banques commerciales.

A la fin de l’année 1999, la situation monétaire et financière de l’Algérie s’est nettement améliorée.

 

 

Le desserrement de la politique du crédit par la banque (60)  centrale n’a pas été mis en

symétrie avec la gestion du crédit en aval, puisque rien n’est venu répercuter cette baisse sur le loyer de l’argent et le crédit servi aux opérateurs économiques.

Cette conjoncture a fait pourtant espérer un meilleur financement de l’économie par le crédit.

Les taux créditeurs et débiteurs étaient trop élevés, selon l’appréciation des investisseurs et agents économiques nationaux (respectivement : 10,25% et 8,5%).

 

L’observation faisait ressortir que la demande sur le crédit a tout simplement été transférée sur l’argent du pétrole, provoquant une nette chute de la demande, ce qui justifia une détente des taux par la Banque d’Algérie.

 

L’objectif de cette dernière était cependant de rétrécir la fenêtre du réescompte(61), ce qui fut entrepris des 1999.

En pratique, cette décision s’est traduite par des mécanismes conditionnant l’accès au réescompte et par le doublement de la fréquence de vente des liquidités aux enchères (deux fois par mois).

 

Entre décembre 1999 et fin avril 2000, le besoin de refinancement bancaire auprès de la Banque centrale avait considérablement faibli, passant de 334 milliards de dinars à 270 milliards de dinars.

 

Ainsi, les ressources pétrolières pour 2000 ont amélioré la liquidité du système bancaire par effet d’accumulation des dépôts.

A la fin de 1999, le trésor public avait décidé de reprendre une partie des prêts irrécouvrables accordés aux entreprises nationales, selon un procédé de rachat contre des obligations, pour une valeur de 200 milliards de dinars.

 

Les créances irrécouvrables détenues par les banques sur les entreprises publiques et que le Trésor n’a pas encore affecté à son passif, était approximativement évaluées à 50 milliards de dinars.

 

Durant l’année 2000, le Trésor a déboursé en contrepartie des créances transformées en obligations, environ 28 milliards de dinars.

Le Fonds monétaire international indiquait que cette charge était évaluée à plus de 8% de la valeur ajoutée nationale.     

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     -60- Rapport annuel 2000 sur l’Algérie.

     -61- Les taux de la banque de l’agriculture et du développement rural (BADR) sont passés de 8%  à 6,5% pour les crédits d’investissements imputables sur les lignes extérieures. Cette dernière a lancé une formule qui permettait aux investisseurs inscrits sur la ligne de crédit italien dite ligne « Mediocredito », de bénéficier d’une remise gracieuse des intérêts dus sur les deux premières  échéances, ce qui ramenait le taux de sortie de leur crédit à 4,8%.

 

 

  Le chiffre officiel communiqué plus tard par la direction générale du trésor situait cette charge à 6% de la dette intérieure ou l’équivalent de 340 milliards de dinars.

 

Ce chiffre était sensé clore le problème d’assainissement et de recapitalisation des banques (62).

 

En 2000-2001 les banques bénéficièrent de 38 milliards de dinars, ce qui renfloua leurs comptes, si bien que l’exercice 2002 fut annoncé comme une étape de surliquidité à la disposition des banques, dans un contexte de sous investissement et donc de faible demande de crédit.

Cette première approche de l’assainissement réalisé, les autorités financières mirent sur pied un département d’Etat chargé de « la Réforme bancaire et financière », auprès du ministre des Finances, considérant que le pays était arrivé à un stade où il devenait nécessaire d’envisager le processus de privatisation.

Bien que les différentes séquences de réforme bancaire aient commencé très tôt (1991), le processus s’égara en chemin faute d’une réelle détermination, mais également faute de maîtrise réelle (63).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-62- Idem.

-63- En 1998, le Directeur général du Trésor m’expliquait, lors d’un entretien, que les autorité financières avaient été tentées, au moins de mars 1997, d’engager un processus de réorganisation des banques, et la question était de savoir s’il fallait faire de chaque banque un Holding ou de les rattacher aux Holdings déjà existants et générer ainsi une collusion d’intégré ; ou regrouper les banques et les assurances dans des entités uniques constituant des Groupes.  

L’idée retenu e fut de prendre davantage de temps et de travailler à lumière des bilans de 1997 puis opérer des regroupement si cela s’avérait nécessaire.

Les autorités voulaient en réalité situer le projet de réforme de la banque en affichant des orientations précises comme cela s’est exprimé un moment dans un projet mort-né d’ouverture du capital de la banque de développement  local (B D L).

Ce chantier devait s’accompagner de la mise en place de banques  régionales et de la création de filiales devant rendre plus aisé l’ouverture du capital de la B D L.

La réorganisation opérée à travers la B D L et la B A D R  devait se traduire, dans l’esprit des décideurs, par l’ouverture du capital de la première en la réorganisant suivant un schéma de banques régionales.  

Pour ce faire, le Trésor devait entreprendre la mise en œuvre d’un plan de redressement de la B A D R de façon à la préparer à prendre en charge avec le secteur agricole, le développement de l’agriculture.

L’objectif de filiales banques régionales pose néanmoins le problème de l’unité de caisse, expliquait-on alors.

La banque régionale va-t-elle avoir accès directement à la banque centrale, va-t-elle se refinancer sans passer par l’entreprise mère … autant de questions inédites, qui, dans notre système centralisé, suscitaient le débat de la décentralisation. 

Cette idée de régionalisation avait vécu jusqu’à 1999.

Le ministre des Finances en poste, ABDELKRIM HARCHAOUI, en avait fait son viatique.

Ce concept pose davantage de question qu’il n’en résout.

Ce n’était pas une filialisation ni une forme autonomie, plutôt une démarche qui se voulait en rupture avec un système de gestion centralisée.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

III.           Gestion, surveillance et contrôle bancaire

 

     Durant l’année 2000, le Fonds monétaire international avait rendu public une analyse suggérant l’idée que l’efficacité opérationnelle des banques publiques en Algérie est au mieux médiocre.

Celles-ci ne réussissent pas à fournir les services bancaires de base aux grands segments de la population, était-il noté dans le rapport, qui relève que les ménages sont toujours peu disposés à devenir les clients des banques publiques.

Pour une partie significative, les défauts sévères du système de paiement en sont la raison (64).

 

Analysant la période 1994-2000, le FMI conclut à des doutes sérieux quand à la rentabilité des banques publiques et à leur solvabilité : « les retours sur des actifs et sur les fonds propres sont en particulier faibles en comparaison des résultats obtenus à l’échelle régionale. Le coût des ressources des banques demeurait encore élevé faute d’une forte épargne et en raison du coût élevé de refinancement auprès de la Banque d’Algérie ».

Dans ce contexte, la conformité des bilans et l’adéquation du capital dépendaient pour 20% des créances détenues sur les entreprises publiques.

 

La faiblesse de la capacité opérationnelle des banques publiques fait toujours obstacle au développement d’un système de surveillance bancaire efficace.

Les banques publiques sont encore fragiles sous plusieurs rapports.

 La première grande source de fragilité est la non-conformité des banques aux niveaux de risques et d’exposition de leur position.

Les autorités, selon l’analyse du FMI, ne seraient pas encore en mesure de procéder à la vérification de cette conformité, faute d’annonce par les banques des risques pris, d’absence des règles pour l’octroi du crédit, d’évaluation des prêts et de perte de prêts.

Or la législation actuelle exige que les banques évaluent régulièrement leurs prêts, et connaissent les créances douteuses.

On note également que l’inspection interne demeure assez limitée et se résume à l’heure actuelle à des examens de  portée générale dans les agences.

Entre novembre 1999 et la fin de l’année 2000 note le FMI, les banques n’ont été soumises à aucun examen global et en profondeur du département d’inspection. La banque centrale a pendant longtemps reçu des déclarations mensuelles de comptabilité, analysées principalement pour des buts de politique monétaire.

Le système bancaire algérien a besoin que les établissements de surveillance acquièrent une connaissance approfondie de chacun des acteurs ; qu’ils soient informés de la qualité, da la répartition et de la rentabilité de leurs actifs, ainsi que de la fiabilité et la transparence de leurs système d’information.      

 

 

 

 

 

 

 

    -64 Selon la CNUCED, l’Algérie est « sous bancarisée » : un algérien sur cinq seulement possède un compte en banque et les échanges interbancaires en moyens de paiement se mesurent à 0,18 par habitant contre 3 en Tunisie.

Par conséquent, les banques ne semblent pas remplir leur fonction principale de financement de l’économie, et notamment le financement su secteurs privé et des PME-PMI en particulier.

 

 

    La coordination avec des auditeurs externes doit être un élément essentiel.

Voila donc un chantier de taille pour la Banque d’Algérie, tenue par ailleurs de veiller à la conformité des systèmes bancaires locaux aux principes internationaux (65).

Les banques ne sont par ailleurs pas parvenues à développer des ressources humaines et des techniques d’analyse et de collecte de l’information à cycle court.

Tout ce travail participe indéniablement du chantier global de la restructuration bancaire.

Les banques n’ont pas encore reconquis leur identité, voire n’en ont aucune, puisque le crédit n’est pas de leur prérogative.

La gestion des ressources en devises leur échappe également, ce qui les confine dans une sphère limitée sur ce plan, et les maintient sous les contraintes actuelles de la politique monétaire.

Les banquiers prennent conscience, au fur et à mesure de l’ouverture de l’économie, des facteurs de concurrence qui modifient l’environnement économique et financiers interne, avec l’implantation des banques privées locales et des banques étrangères, et misent sur des stratégies de modernisation, s’efforçant de faire admettre l’exigence des normes bancaires universelles.

La formation de personnels qualifiés demeure sans doute la faiblesse à laquelle les banques n’ont pas encore trouvé une réponse appropriée.

L’activité bancaire privée est trop dotée en capitaux à l’heure actuelle pour offrir dans le moyen terme l’alternative au développement global de la banque en Algérie (66).  

Les banques privées sont néanmoins appelées à multiplier l’ouverture des guichets et à mobiliser l’épargne intérieure.

Si le secteur public demeure dominant et la culture actuelle continuant d’imprégner les institutions de l’Etat, il est bien difficile d’imaginer que le propriétaire des capitaux publics, c’est-à-dire l’Etat, s’autorise à aller vers une banque privée pour y déposer son épargne (67).  

De même, il est tout aussi improbable qu’une banque privée puisse facilement traiter avec une banque étrangère lors d’opérations internationales sans empiéter sur les plates bandes des banques publiques traitant avec le même correspondant depuis des décennies.

S’agissant des banques étrangères, c’est encore plus ardu. S’il advenait qu’elles puissent exercer pleinement leurs activités dans le pays la possibilité de traiter des opérations de transfert, pourquoi devraient elles alors passer par leurs intermédiaires actuels qui sont les banques publiques ?

 

 

 

 

 

 

 

 

-65- Cf. ci-dessous. Référence à la convention de BALE 1 ET 2.

-66- Les banques privées représentent seulement 6% du marché national.

-67- La débâcle de la banque El Khalifa et les pertes supportées par les déposants publics aliène pour longtemps malheureusement la confiance qu’auraient pu donner les acteurs publics aux banques privées.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Fodil Hassam - Publié dans : Economie & Finances
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Jeudi 20 mai 2010 4 20 /05 /Mai /2010 19:07

Politique financière, budgétaire, bancaire et gestion de la dette

 Chapitre deux 

La dette publique

 

1-    La dette intérieure : rappels et chiffres

 

     Les deux ajustements structurels de 1989 et 1991 ont capoté dans un contexte de troubles sociaux.

En 1993, l’équipe en charge des affaires du pays a fait le choix difficile de s’acquitter de toutes les obligations du service de la dette extérieure.

Ce qui équivalait à 80% des recettes d’exportation.

Cette résolution fut concomitante d’une politique de soutien de l’activité économique au moyen d’une stratégie budgétaire expansionniste.

En 1992/93, sous l’effet de la pression sociale, les salaires furent augmentés de 20% dans la fonction publique, l’équivalent de 2 points de PIB.

Les recettes d’exportation étant alors relativement modestes, la surévaluation du dinar eut pour effet d’amenuiser les ressources fiscales tirées des hydrocarbures.

Hors hydrocarbures, les restrictions imposées au commerce extérieur ont amoindri les recettes fiscales ordinaires.

Le solde épargne/ investissement de l’Etat fléchit de 10 point PIB.

A cette date, le déficit budgétaire atteignit 8,7%.

Naturellement, la voie fut ouverte à la monétisation de ce déficit.

D’où une forte expansion monétaire et inflation.

 

 

 

NIVEAU DE LIQUIDITE DE L’ECONOMIE. (M2 en %) .

ET DETERMINANTS DE L’INFLATION.

 

 

 

 

ANNEES :                      1993   1994   1995   1996    1997    1998

     1999   2000   2001    2002    2003

 

 

RATIO DE LIQUIDITE/ PIB :  52,2   45,6  38,7  34,4     36,7

 

(%).

 

CROISSANCE DU PIB :  1161,7  1437,4  1966  2005  2570   2780

 3238    4099   4242     4455   5124

(en milliards de dinars)

 

Inflation%                                           3,8        3,8      1,2    5,7

     3,2      2,2     2,6     4,1     6 ,8

CREDITS ECONOMIE :          19    20,8    28,8      31,1     26,5

      993,7. 1078,4. 1266,8. 1378,9

 

Source : Finances / BA.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec la dévaluation du dinar en 1991, la monnaie n’a  conservé que 7% de sa substance et l’assainissement généra un poids supplémentaire sur la masse monétaire.

Le processus d’endettement tel qu’il s’exerça jusqu'à 1994 se traduisit par une éviction, le trésor public aspirant l’essentiel des ressources d’épargne disponible dans les circuits financiers/ bancaires locaux en procédant par le moyen des comptes d’épargne postaux, de l’émission d’obligation pour le développement, et en contraignant la CNEP et les compagnies d’assurance à l’achat.

 

Selon la Banque d’Algérie, le phénomène d’éviction a commencé de s’amenuiser entre avril et décembre 1994, sous l’effet de contraction du déficit global du Trésor, passé de 8,7% à 4,4%.  (46)

A partir de 1994, le Trésor commença d’opérer un désendettement à l’égard des banques commerciales, la CNEP et la Banque d’Algérie ; parallèlement, il s’endettait en devises, par le recours à la monétisation de l’argent du rééchelonnement, mais cette fois sans expansion monétaire. (47) 

Les mécanismes d’ajustement des taux de change sur les dépôts en devises ont rendu possible cette stabilité relative.

Le taux moyen de liquidité en rapport au PIB avait sensiblement chuté.

Côté trésorerie, en juin 1996, l’excédent était de 34 GDA.

 

Mais en parallèle, le Trésor a poursuivi son endettement interne et externe, en continuant à financer l’économie, d’une manière indirecte, via l’assainissement des créances bancaires.

 

Les recettes budgétaires avaient considérablement accru jusqu’à 1997, sous l’effet de la dévaluation du dinar de près de 75% et par l’effet d’augmentation du pétrole de près de 04 dollars de barils. Cette tendance ne s’est pas poursuivie en 1998.   

 

     De 1993 à 1997, la dette intérieure est tombée de 45% à 22% du PIB.

Ce résultat s’explique par l’importance des financements extérieurs disponibles sous forme de crédits dégagés par le rééchelonnement et monétisés par le Trésor.

En additionnant les obligations internes et externes, on arrivait, en 1997, à un encours de la dette publique d’environ 85% du PIB.

La budgétisation du remboursement du principal de la dette a été introduire en 1997.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-46- Cf. Notre de conjoncture de la Banque d’Algérie, second semestre 1995 .

-47- Le plafond de 17% d’expansion monétaire fixé en 1994 n’avait été approché qu’à hauteur de 15%.

 

 

 

 

 

La dette publique devenant pesante, sa budgétisation intégra le remboursement du principal en 1999.

L’objectif était d’affecter le remboursement sur une épargne budgétaire, mais non plus par un recours au marché monétaire.

Les règles classiques du droit budgétaire ne prévoient de faire figurer dans le budget voté par l’Assemblée que les charges de la dette, le principal étant remboursé par le Trésor au moyen d’emprunts.

Pour l’exercice 2000 on inscrivit dans la loi de finances initiale 290 milliards de dinars.

En vertu de ce principe, n’ont figuré dans le budget de fonctionnement que 147 milliards de dinars.

La différence, constituée par le principal, était de l’ordre de 144 GDA.

Le budget de 1999, bien qu’il inaugura la budgétisation du remboursement du principal de la dette extérieure, avait été clôturé à hauteur de 220 milliards, représentent 70 GDA de plus qu’en 1998.

En 2001 on remboursa 160 milliards de moins au titre de la dette, prélevés sur le fonds de stabilisation des recettes. (48)  

 

Mais l’effet du taux de change sur la dette interne avait pesé pour 43,5 milliards DA, en raison d’un accroissement de 34 milliards DA représentant la dette d’assainissement due aux banques au titre du rachat des créances sur les entreprises publiques.

 

La logique de la stabilisation et d’assainissement des dépenses publiques poussa les autorités financières à faire du désendettement public une exigence incontournable, maintenant par conséquent un niveau de remboursement stable.

En 2003, la dette interne équivaut à 12 milliards de dollars.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-48- Le chiffre officiel livré par les autorités lors de l’élaboration du budget 2001 situe le stock de la dette publique à 2700 milliards de dinars.

1559,4 milliards DA s’inscrivant au titre de la dette publique extérieure et 1077,5 milliards au titre de la dette intérieure.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2-    La dette extérieure : Rappels et chiffres

 

     L’endettement de l’Algérie s’est poursuivi au cours des années 80’ par des emprunts importants destinés à financer les besoins de consommation de la population et d’investissement d’un tissu industriel désormais entré en phase de déstructuration. (49)

 

En 1994, l’encours global de la dette extérieure à moyen et long terme avait atteint 70% du PIB.

La situation était d’autant plus délicate que l’échéance moyenne de remboursement était déjà raccourcie, les emprunts contractés dans la période de 1990 étant des crédits fournisseurs remboursables dans la fourchette de un à trois ans ; ainsi la charge annuelle de remboursement du service fut portée à 9 milliards de dollars, l’équivalent de 82% des recettes d’exportation (1/4 de PIB).

Jusqu’à l’accord de confirmation avec le FMI (1994 / 95/ 96) et la demande de rééchelonnement totale de sa dette extérieure, l’Algérie avait toujours honoré ses paiements.

Mais les traitements partiels sous forme de reprofilage négociés avec chaque créancier ont eu raison de ses capacités de paiements  extérieurs.

À partir de 1995, est intervenu le rééchelonnement total de la dette.

 

                          Service de la dette extérieur à moyen et long terme

 

Période

 1997

1998

1999

2000

2001

2002

2003

principal

 2,33

3,20

3,76

3,62

3,79

3,98

4,43

Intérêts

2,11

1,97

1,84

1,79

1,75

1,72

1,70

 Total

4,44

5,17

5,60

5,41

4,778

4,464

6,13

Source : Banque d’Algérie – prévisions.

 

 

 

Aussi, jusqu'à 1998, le pays a-t-il bénéficié d’une aide à sa balance de paiement de 21 milliards de dollars.

Au terme de l’accord de confirmation avec le fonds monétaire international, l’Algérie consentit un premier paiement au titre de la première échéance après le rééchelonnement de la dette, de plus de 05 milliards de dollars (voir tableau).

Les réserves disponibles permettaient évidemment d’y répondre avec une relative aisance.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

-49- Cf. Chapitre sur l’investissement.

 

 

Entre toutes, la dette est la question la plus importante dans la mesure où sa gestion s’inscrit dans le temps, sur de nombreuses années et en conséquence soumise à tous les impondérables d’une conjoncture économique internationale instable par définition.

 

Entre 1994 et 1995, l’encours de la dette a grossi de 02,087 milliards de dollars. Ce fut l’étape la plus critique compte tenu des conditions financières du pays. Une année plus tard, en 1996, il n’a progressé que de 773 millions de dollars. 

Les projections de la Banque d’Algérie annonçaient pour la fin de 1997, une augmentation du stock de 2,5 milliards de dollars.

Prévisions très prudente, accompagnée d’un  service de la dette de 4,44 milliards de dollars. Toutefois l’augmentation n’atteignit que 422 millions de dollars.

 

En 1998, on observa une baisse de l’encours de 799 millions de dollars.

Le rapport dette / PIB se situait en décembre 1997 à 66,43% et à 66,8%, en 1998.

Les difficultés du marché pétrolier ont agit négativement sur le ratio dette/ exportation qui passa de 2,12% en 1997 à 2,80% en 1998.

Quand au ratio du service de la dette sur les exportations, il est passé de 30,3%, à la fin de 1997 à 47,5%.

Ces repères sont importants car ils illustrent la capacité de prise en charge de l’endettement sur les revenus propres du pays.

 

En 1998, date d’achèvement de la période de l’accord de financement élargi, les crédits de rééchelonnement se sont fixés à hauteur de 15,226 milliards de dollars de l’encours global. Les crédits des organismes multilatéraux ont évolué à 6,009 Mds dollars, mais on observait déjà une baisse de l’encours des crédits financiers à 1,4650 Mds dollars.

Les crédits commerciaux non assurés sont passés à 0,338 et les crédits bilatéraux à 16,194 Mds dollars.

 

L’année 2000 a également vu une baisse significative de l’encours, de 3,054 milliards de dollars par rapport à 1995.

C’est en 2001 que le niveau le plus faible en dix ans est atteint.

A la fin de 2002, ces indicateurs ont évolué favorablement (voir ci-dessous).

Cette baisse en valeur absolue, conjuguée à des recettes pétrolières généreuses, a également fait chuter le service de la dette sur les exportations (voir tableau 1).

Les tableaux ci-dessous indiquent une diminution sensible du stock en 2001/2002  et une progression avantageuse du rapport service/exportation.

 

 

En             1998/99, la Banque d’Algérie projeta qu’en contexte de stabilité du marché pétrolier, le stock de la dette extérieure se situerait en 2004 autour  de 22,5 Mds dollars. Prévisions très pertinentes puisque l’encours s’est fixé à cette échéance, à 21,411 Mds de dollars.

Les hypothèses de travail de la Banque d’Algérie ont été adossées à un cours prévisionnel du baril de brut de moins de 17 dollars sur la période considérée.    

 

 

 

 

 

 

 

                          Evolution des ratios d’endettement Tab 1.

 

 

                                1995     1996   1997   1998   1999     00        01        02

 

 Encours en % PIB …     76,1    73,5    66,4    64,8    58 , 9   47,23   41, 92   42,05

 

Export B & S …….        2,85     2,43     2,12    2,80    2,15   1,11     1,12      1,18

Sces en % export …….  38,8    30,9     30,3     47,5    39,05    19,80   22,21   21,68

             Source : Banque d’Algérie

 

 

 

  

 

                                            Stock de la dette extérieure (MDS). Tab 2.

 

 

 

 

                                       1995   1996    1997   1998    1999    2000    2001    2002    2003

Total (Milliards/dollars)…. 31,30  33,20   31,10  30,30   28,10   25,10   22,31   22,97   23,203

     Source : Banque d’Algérie.

 

 

 

La stabilité observée dans la conduite de la méthode de gestion de la dette extérieure n’est pas excessivement dépendante de la situation annuelle des recettes pétrolières.

Le remboursement étant inscrit comme une priorité, à moins d’une débâcle totale au plan mondial, les scenarii établis seront accomplis voire accélérés.

La mise en œuvre future d’une stratégie plus dynamique de gestion de la dette pourrait en effet offrir une alternative de diversification des canaux de réduction de l’encours sur les ressources propres.

L’endettement demeure pour autant un couloir sans fin, dont il est difficile d’imaginer en sortir par la seule vertu d’un remboursement ordonné des échéances.   

 

 

 

A/. Un débat sur l’endettement

 

     Au cours de l’année 2000/2001, on observa une évolution dans le discours des autorités sur la question de la dette.

Au plus haut niveau de l’Etat, la sémantique s’émancipa quelque peu.

Les dirigeants se font, politiquement, plus entreprenants et revendicatifs dans le sens d’une alternative au traitement de l’endettement, tout en continuant de réaffirmer l’engagement de poursuivre les paiements à échéance.

Il apparaît en effet que la poursuite passive du règlement de la dette extérieure ne laisse guère entrevoir la fin du processus d’endettement.

Les autorités algériennes se sont enhardies à introduire, dans le cadre de l’OCDE, un dossier d’effacement de la dette, actuellement en attente de traitement.

Mais la perspective d’effacement de la dette de l’Algérie, pris en tant que pays isolé, a fort peu de chance d’aboutir dans un délai raisonnable, si jamais cela advenait.

En revanche, nous pensons qu’une revendication exprimée dans un cadre plus large est une approche politiquement plus acceptable, éloignant toute suspicion particulière à l’endroit d’un pays donné.

Les algériens ont donc engagé une première approche du problème en commençant  par émettre l’hypothèse d’un traitement de la dette des pays à revenu intermédiaires, catégorie dans laquelle s’inscrit l’Algérie.

Avant 1999/2000, une telle approche paraissait peu réaliste, les dirigeants occidentaux rejetant catégoriquement tout débat orienté dans cette direction.

 

 

Depuis le sommet de l’OMC réuni à Seattle, aux Etats-Unis, et celui du G8 tenu à Cologne, en Allemagne, une grande avancée est réalisée.

La société civile internationale donna droit de cité aux revendications concernant la dette extérieure de tous les pays du sud, après les rencontres de Davos et Porto Allègre au Brésil. (50)

Et c’est parce que la société civile mondiale a interpellé les pays créanciers riches sur le caractère immoral et désormais injustifié d’un paiement indéfiniment prolongé, que nous entrevoyons de nouvelles perspectives.

La revendication d’effacement ou d’allégement de la dette extérieure de pays à revenu intermédiaire comme le notre, pourrait trouver un vecteur approprié dans un cadre multilatéral signifiant que nous nous associons à d’autres Etats pour formuler une demande  qui serait attribuée et portée par une Organisation du type CNUCED, avec la collaboration d’organisations régionales (G15 et G24).

Il y a eu des tentatives de discussions à ce niveau des institutions internationales, mais sans que le problème ait été posé de manière claire et directe.

 

 

La Conférence des Nation Unies pour le Commerce et le Développement ( CNUCED) a eu le mérite de proposer un projet de moratoire sur la dette et de susciter un débat au niveau international, suggérant que la mise en œuvre se fasse sous l’autorité conjointe du FMI, la Banque mondiale et l’ONU.

En s’inscrivant dans la législation en vigueur, la proposition de la CUNCED était sensée rassurer la communauté des créanciers internationaux.

Le moratoire s’exécuterait conformément aux statuts du FMI et avec le consentement de son conseil d’administration.

Il consisterait en la possibilité, sous certaines conditions, pour les pays endettés, de surseoir au paiement de l’intérêt pendant un temps donné. Sans pour autant qu’il  y est accumulation sur le principal.

 

 

 

 

 

 

 

-50- Référence aux sommets alter mondialistes tenus dans les différentes villes citées.

 

Le paiement ainsi différé pourrait alors être utilisé, sous surveillance, à financer des projets de développement et de croissance économique.

Transposée dans un cadre bilatéral, cette formule serait très avantageuse, mais la contrainte réside dans la capacité à mettre en place des mécanismes juridiques qui l’encadrerait et lui garantirait toute la sécurité nécessaire.

Processus longs et très aléatoire, à moins d’une volonté politique incommensurable.

 

Les pays créditeurs et le FMI n’ignorent pas que les rééchelonnements ne sont que des solutions de conjoncture, et dans tous les cas, comme ce fut le propre des pays d’Amérique latine, les problèmes demeurent entièrement posés pour les pays débiteurs.

Ces dix dernières années, les algériens ont payé près de trois fois l’équivalent du volume de la dette actuelle.

Nous faisons partie de ces pays dont la structure de la dette est essentiellement publique. Les Etats créditeurs doivent être convaincus de pouvoir récupérer en totalité la valeur facile de cette dette, lorsqu’il s’agit des pays à revenu intermédiaire.   

Nous avons transféré vers les pays riches une masse considérable de nos ressources. Sans pour autant réduire l’endettement d’une façon qui indique que nous en serons déchargés dans une perspective visible.

Par Fodil Hassam - Publié dans : Economie & Finances
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